Code 10 de Donald Harstad


Changez d'atmosphère: Au sombre New York et aux lumières de L.A ; préférez l'Iowa ,son silence et sa solitude ,son hiver et sa neige quasi permanente, ses immensités "désertiques", et ses difficultés à communiquer et à se déplacer...ça donne un ton réellement différent !

Carl Houseman est shérif en second du comté de nation , Iowa .Amateur de beignets et de café, fumeur et gras du bide , il est guetté par l’infarctus.Au poste , il est l'un des anciens , un sage respecté.
Mais la police, dans ces zones décentralisées du Middle west où la population est éclatée dans des milliers de fermes, a bien peu de moyens.

L’assassinat d’un policier chargé de repérer des plantations occultes de cannabis et du dealer qu'il était censé arreter, persuade rapidement Houseman de la présence sur place de groupes paramilitaires néo-nazis .
L’intervention immédiate des stups et du FBI, le contrôle jaloux de ses découvertes l’obligent à travailler tout en finesse pour poursuivre ses investigations.
Au programme une sombre histoire de drogue, une planque loupée, des petits dealers puis des plus gros pour finir ...L'Iowa  profond comme on ne l'attends pas.


Harstad a choisi pour décor l’Iowa où il a exercé trente ans les fonctions de shérif rural. Les attitudes et le comportement du héros Carl Houseman sentent tout à fait l'autobiographie.
Donald Harstad décrit des évènements et des processus qui paraissent tellement vraisemblables, d'une façon tellement juste ( telle la compétition entre les différents services de police , les milices paramilitaires et les anti-fédéraux), posée et dénuée de tout artifice, qu'on se pique au jeu au fil des pages, regrettant fortement que cela se termine.
L'écriture est tranchée ,sèche ,brut et quasi documentaire, très précise, presque chirurgicale, idéale pour décrire les milieux populaires quelques peu déjantés ou évolueront nos héros.

Harstad connait bien les rouages policier , les enquêtes de terrain et les faits divers sordides.Au premier abord, rien de bien révolutionnaire chez ce policier saisi, comme tant d’autres flics avant lui, par le démon de l’écriture. Pourtant, ces deux romans montrent qu’en matière de procédure policière, on a affaire à un maître. Le sous-genre du « procedural », lancé par Ed Mc Bain, avant d’être illustré brillamment par Joseph Wambaugh ou Patricia Cornwell, prend ici un coup de jeune.

Même s'il n'est pas nécessaire d'avoir lu les aventures précédentes de cette fine équipe, je ne peux que vous recommander de commencer par le premier de la série. En effet si les enquêtes sont totalement indépendantes, il est extrêmement intéressant de suivre l'évolution des personnages, surtout que le style sans fioritures d'Harstad ne s'attarde pas sur les détails.
On reste accroché aux basques du shérif pour la résolution de chaque affaire car chaque intrigue tient du vécu.
Cela pourrait être le récit laborieux d'un manuel de formation de la police, d'une étude de cas des différents codes utilisés , mais Harstad sait raconter ses années d'expériences.
Mais quoi de plus parlant que de découvrir vous même l'écriture brute d'Harstad , son grand sens de l'authenticité ,et faire connaissance avec le sherif Houseman, un homme simple mais sans concession .
Voici en lecture gratuite le premier chapitre offert par les éditions du cherche-midi ( en pdf sur leur site)
mais attention, ceci n'est pas un Ebook...



Code 10 

Donald Harstad


- 1



Je m' appelle Carl Houseman. Je suis shérif en second du comté
de Nation, dans l' Iowa, et doyen des enquêteurs de la brigade.
Doyen du fait de mes annèes de carrière, mais aussi doyen par
l' àge, un sujet qui commence à m' agacer doucement, quand on me
classe, d'emblèe, parmi les "seniors". Je viens tout juste de franchir
le cap de la cinquantaine, et je prends assez mal les allusions
que certains s' autorisent à formuler sur ma qualitè de " vieux flic".
En revanche, je vous parlerai volontiers des meurtres qui, vers la
fin de l' été 1996, ont empêché de dormir la population locale.

Tout a commencé le 19 juin, vers 15 heures. J'avais dècidé
d' aller ramasser les deux gars préposés à la surveillance d' un champ
de cannabis au coeur du parc Basil, une étendue boisée d' environ
sept cent cinquante hectares, tout en collines abruptes largement
couvertes de broussailles.

A 4 h 58, une de nos voitures avait déposé l' agent spécial Bill
Kellerman, de la brigade des Stups d' Iowa, ainsi que notre adjoint
Ken Johansen, dans l' immense parc d état, pas trop loin de la route
et du champ illègal, au creux d' une vallée particulièrement profonde.

Je n' y avais jamais mis les pieds, mais je connaissais l' endroit.
Il m' était arrivé, naguère, de participer à ce genre de mission, et
je n'étais que trop heureux d' y couper, cette nuit-là. On y crève de
chaud, on s' y emmerde comme des rats morts, et pour un rèsultat
plus que problèmatique.

Bill et Ken ètaient de bons éléments, avec une large expèrience
des Stups, et brûlaient de coincer les propriètaires du champ
repéré par l' hèlicoptère Huey de la garde nationale, dans le cadre
du dernier programme antidrogue. Présent à bord de l' hélico, Ken
avait signalé le fait à Bill. Tous deux s' étaient alors rendus sur
place, ou les attendaient une bonne centaine de plants en parfaite
santé. Ils comptaient bien, cette nuit, interpeller les cultivateurs.

Le but de l' expédition ? Veiller au grain jusqu' à  les prendre en
flag, lorsqu' ils viendraient arroser et bichonner leur pactole végétal.
Nous n' avions aucune idée de leur identité.... même s' il circulait pas
mal d' hypothèses.

J' avais choisi de me garer à un endroit haut perché, à plus de
deux kilomètres de nos agents en planque. Je ne pouvais pas les
voir, mais ma position élevée me permettait de garder un oeil sur le
champ et surtout de capter d' éventuels appels radio. Parqué à
l' ombre d' une vieille grange abandonnée, j' étais sur place depuis
une bonne heure, il faisait tiède et salement humide, mais dans un
souci de discrétion, j' avais stoppé la clim de ma voiture, et tentais
d' oublier la chaleur en travaillant à la maquette du voilier qui
meublait mes loisirs, à l' époque.

J' avais cessé de fumer, et je le regrettais amèrement. Je ne cessais
de transpirer, et je le regrettais encore davantage. J' avais emportè
quatre boîtes de soda dans une petite glacière. Trois pour trinquer
avec les copains, quand j' irais les récupérer. Et la quatrième pour
patienter. Ma portière était grande ouverte, mais il n' y avait même
pas un souffle de brise.

Je commençais à enrouler le filin qui rattachait la vergue de la
bonnette au bout-dehors quand j' entendis un drôle de petit bruit.
Comme une dètonation étouffée, puis une autre. Puis toute une
série comparable au démarrage d' une tondeuse à gazon. Je reposai
mon fil et me retournai vers le champ. Dans le silence retrouvé,
une légère bruine brouillait les contours du paysage.

Suivant des yeux le mince ruban de route empierrée qui menait
au futur point de ramassage, je tendis l' oreille, mais je n' aurais su
dire si ces drôles de bruits étaient venus de là-bas. Il y avait de
nombreuses fermes aux abords et des tas de tracteurs capables
de produire ce genre de pétarade. J' allais reprendre ma maquette
quand le bruit recommença de plus belle. Debout près de ma
voiture, j' explorai les environs du regard, sans rien dècouvrir
d' extraordinaire. De nouveau, le silence total.

" Maitland. Quatre ! " hurla tout à coup ma radio. Si fort que je
faillis bondir hors de ma peau.

Et pas de réponse. Apparemment, le central n' avait pas entendu
l' appel qui émanait du fond de la vallée. Quatre, c' était Johansen.
Selon les instructions reçues, il émettait sur le canal assistance.
Il m' avait paru hors d' haleine et passablement excité. Tenaient-ils
le ou les suspects ?

Micro en main, j' émis sur un autre canal :

- Maitland. Trois. Quatre appelle sur la chaîne assistance.

- Aucune réception jusque-là, Trois, riposta la douce voix
féminine.
Je lançai mon moteur et bouclai ma portière. Prêt à aller ramasser
Bill et Ken avant l' heure.

- MAITLAND. QUATRE. BESOIN D' ASSISTANCE.

La voix était plus excitée, plus chargée d' angoisse que jamais.
Je dévalai l' allée ravinée à toute vitesse. Le ou les suspects étaient-
ils en fuite ?

- Maitland. Quatre réclame assistance.
Enfin, au troisième essai :

- Parlez, Quatre ! Standard à l'écoute.

- MAITLAND. ICI, QUATRE. DIX -TRENTE-TROIS. JE
REPETE DIX -TRENTE-TROIS. AVONS ETE ATTAQUES.
A L' ARME AUTOMATIQUE. 688 HORS DE COMBAT.
BESOIN D' ASSISTANCE. TRES VITE.

Courte pause. Puis, toujours aussi calme, la réponse du standard :
- Reçu, Quatre. Noté dix-trente-trois. Un officier au tapis ?
- Dix-quatre.
- Maitland. A toutes les voitures. Dix-trente-trois. Un officier
au tapis. Possibilité d'armes automatiques.
En atteignant la route empierrée, je changeai de canal.
688 hors de combat ?

- QUATRE ? TROIS EN ROUTE. A MOINS DE DEUX
KILOMETRES.

Je branchai la sirène et plantai le gyrophare sur le toit de ma voiture
banalisée. Accélérai à mort en essayant de boucler ma ceinture.
Pour l' assurance. En cas d' accident.

Transmission brouillée. Gros problèmes de communication, sur
ce terrain vallonné. Un gars au tapis. Kellerman ? Ken lui-même ?
La terre était sèche. Il n' avait pas plu depuis un bout de temps,
et le nuage de poussière, au cul de ma voiture, battait tous les
records. Si quelqu' un avait descendu un flic, il n' allait pas traîner
dans le secteur. Je stoppai sur la route. Pas de poussière, nulle part.
Excepté la mienne qui se rabattait à ma suite et m' empêchait de
découvrir la vallée. Pas de nuage de poussière, donc pas d' autre
vèhicule.

- Ici, Trois. Dix-trente-trois.
Mon indicatif, suivi du code informant à la fois Maitland et
Johansen que j' étais au point de rendez-vous. J' empoignai mon
talkie-walkie et bouclai la voiture.

La voix de Johansen était calme. Trop calme.

-  Remonte la vallé, Trois. Ouvre l' oeil. Ils ont des mitrailleuses.
Et je pense qu' ils sont toujours là.
Merci du renseignement. J' ouvris mon coffre, en tirai mon
AR-15 avec trois chargeurs de trente coups. Des dealers armés de
mitrailleuses ? Dans ce parc ? Ou l' équipe avait-elle mis les pieds ?

J' étais en blue-jean, T-shirt bleu et tennis blanches, avec mon
arme de service sur la hanche droite. Pas exactement une tenue de
camouflage. Je chaussai ma casquette de base-ball bleu foncé marquée
du logo " USS Carl Vinson. CIN 70 " en lettres jaunes. Un peu juste pour
rechercher dans le sous-bois des suspects armès jusqu' aux dents.

Le vieil imper caoutchouté, de couleur verte, en rade dans
mon coffre depuis toujours ? C' était un peu mieux. La trousse de
premier secours réglementaire, au cas ou. Et le gilet pare-balles ?
Blanc, avec des bretelles blanches. Et pour comble, histoire de
rigoler, j' avais dessiné dessus une série de cercles concentriques au
marqueur rouge. Il faisait de toute manière beaucoup trop chaud
pour porter ce truc-là.

Je recollai le pare-balles dans son sac-poubelle et repris contact
avec Johansen, par talkie-walkie.

- Tu peux me dire ou tu es, Quatre ?
Après une pause, dans un souffle :
- Tout droit. Sur cent cinquante mètres à peu près. Ensuite,
tourne à droite. Par le petit sentier.
Puis, avec un léger dècalage :
- Fais gaffe.

Aucune des blagues habituelles en pareil cas. Je me sentais .
peu près aussi invulnérable qu'une pipe en terre dans un tir forain.
Après cinquante mètres de grimpette, l' herbe s' épaissit rapidement
et la broussaille se referma de part et d' autre, marquant la
naissance d' un étroit sentier. J' en escaladai vingt-cinq mètres avant
de me demander si c' était vraiment la meilleure chose à faire.
D' instinct, je m' écartai légèrement sur la droite avec l' intention de
me frayer un chemin dans le sous-bois.

Sous-bois, mon cul ! Cette saleté dépassait le mètre quatre-vingts
et la plupart des tiges, rameaux et ramifications avaient
l' épaisseur d' un de mes doigts, en plus raide. Impossible de progresser
là-dedans sans perdre un temps fou et faire plus de boucan
qu' un troupeau de buffles. Johansen avait raison. C' était par le
sentier ou rien.
Je m' y résignai, en calculant mes chances de repérer le premier
tout tireur à l' affut. Résultat proche de zéro. Je regrettais, du coup,
d' avoir laissé mon pare-balles au vestiaire.

Vingt-cinq mètres de plus et je balançai mon imper en marge du
sentier. Je suais abondamment, mon coeur battait à tout rompre, ma
respiration s' emballait. Mais j' avançais tout de même. Un des nôtres
au tapis. Je n' arrivais pas à y croire.

- Trois ? s' informa soudain mon talkie-walkie. Tu en es ou ?
- J'arrive, Quatre.
J'arrivais. Malade d' appréhension. De sueurs alternativement
chaudes et froides. D' épuisement. D' irritation des sinus.
J' avais réduit le volume. Quand Johansen parla de nouveau, sa
voix n' était plus qu'un chuchotement rauque.

- Je crois qu'ils sont partis. Je n' entends plus rien.
Ils, pas il. Et qu'il n' entende plus rien ne voulait pas dire qu'il
n' y avait plus personne.

- OK, Johansen. Kellerman ?
Je chuchotais, moi aussi.
- Bill est mort.
- Quoi ?
Difficile de l' entendre. A plus forte raison de le comprendre.
- Tu veux répéter ?
- Bill est mort. Dépêche-toi.
- Qui est mort ?
- Kellerman. Kellerman est mort.
J'avais encore ralenti. Fatigue autant que prudence. Mon coeur
battait si fort dans mes oreilles que je n' aurais pas entendu un
buffle débouler la pente. J' essayai de reprendre mon souffle, .
deux pas du sentier. Deux pas, moins de deux mètres, et j' étais
invisible, dans la broussaille. Comme le serait n' importe quel
salopard embusqué dans le sous-bois. Kellerman, mort ? Bon
Dieu ! Un membre de la division antidrogue d' état. Plus un shérif
adjoint bien armé, mais terrorisé. Et des producteurs d' herbe
lourdement armés.

Et moi, tout seul comme un grand, en guise de renfort...

Au bout d' une seconde ou deux, le silence lourd s' emplit d' une
rumeur de dégringolade, quelque part dans le bois. J' épaulai mon
fusil et me changeai en statue de sel.

- Trois ? Tu bouges ?
Pas maintenant, Ken. Il faut que j' abaisse mon flingue pour te
répondre, et pourtant, il faut bien que je te réponde...

- Négatif. Je ne bouge pas. Et toi ?

Ma voix était méconnaissable. Gorge sêche. Tout ce bruit à
portée d' oreille, alors qu'on ne bougeait ni l' un ni l' autre...
Rectification. Plus de bruit. Et ma main crispée sur la crosse
de mon fusil d' assaut. Je respirai bien à fond, en ressortant sur le
sentier. A découvert. Je regardai dans les deux sens. Rien à voir.
Silence radio. Je me pliai en deux pour remonter la piste de terre,
en rase-mottes. Le sentier s' incurvait sur la droite. Et toujours
rien. Je parvins à me redresser au prix d' un gros effort.

Un pas en avant... Les détonations m' assourdirent. Je plongeai
dans la broussaille. Atterris sur le flanc droit, dans l' herbe et la terre
humide. Des lambeaux de feuilles arrachées pleuvaient autour de
moi, et de la poussière volait alentour.

Puis, de nouveau, le silence.

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