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Le mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux


C'est un classique, certes , un roman au charme désuet mais toujours aussi agréable à lire.

Pour anecdotes, Gaston Leroux a suscité avec livre quelques vocations et pas des moindres:
L'auteur américain John Dickson Carr [1906 - 1977], le grand maître des "problèmes en chambres closes", considérait le Mystère de la Chambre jaune comme le meilleur roman policier de tous les temps.
 La reine du crime Agatha Christie [1890 - 1976] choisit de se lancer dans le roman policier après la lecture dudit roman qui l'a beaucoup marquée.

Elle écrira alors la Mystérieuse affaire de Styles, où apparait le personnage d'Hercule Poirot, ancien policier belge.


Mathilde, la fille du professeur Stangerson, est retrouvée morte dans la " chambre jaune " dont la seule issue possible est une porte fermée de l'intérieur.
Le jeune reporter Rouletabille suit l'affaire. Grâce à sa perspicacité, il va parvenir à découvrir le véritable coupable, que l'on était bien loin de soupçonner.

Regard Noir vous propose les deux premiers chapitres , le reste , à télécharger se trouve sur l'excellent site que voila :

http://www.ebooksgratuits.com/ebooks.php?option=search&id_auteur=&id_categorie=2&id_genre=5&begin=60&offset=30


Si l'envie vous en prend , n' hésitez pas non plus à regarder l'excellent film de Bruno Poldalydés , trés réussi et avec une pleîade d'excellents acteurs comme Denis Podalydes, Sabine Azema, Claude Rich ou PIerre Arditi  , et sa suite " Le parfum de la dame en noir " , diffusée le Lundi 17 mai à 20.35 sur Arte.


Lire la suite ... et...Tournez la page...

Argent facile de Donald Westlake



Josh Redmont est juste un gars ordinaire qui vit une vie des plus ordinaires entre un boulot ordinaire et sa femme et son fils qu'il trouve bien malgré eux, sérieusement ordinaires.
Mais Josh est tenaillé par un remord insoutenable, parce qu'il n'a pas eu le courage de faire ce qu'il aurait fallu bien des années auparavant.
Sept ans plus tôt, il a commencé à recevoir des chèques mensuels de 1000 $ d'une obscure officine gouvernementale ,"United States Agent".
Il a essayé de contacter et d' informer de son erreur cette agence, mais sans succès. L'adresse postale est à Washington DC mais il lui manque un numéro de rue et personne ne répond au numéro de téléphone indiqué sur le chèque. Alors, parce qu'il a besoin d'argent, il  fait la chose la plus prévisible et encaisse ces chèques,chaque mois pendant sept ans.

Maintenant que Josh a un emploi bien rémunéré, et qu'il n'a plus besoin de combler les fins de mois difficiles , il continue , par habitude de toucher ces 1000 dollars mensuels.
Sait-il qu'il a été recruté sans le savoir "comme espion dormant " par un homme sans scrupules , nommé Nimrin, qui décide de "l' activer".
Nimrin , à l' origine , a «recruté» six jeunes hommes, dont trois n'ont jamais encaissé leurs chèques. Les autres recrues n'ont pas eu autant d' éthique. Le quatrième a été assassiné. Le dernier, Robbie Mitchell, un acteur est un personnage aux antipodes de Josh.

Argent Facile est une lecture divertissante, totalement  invraisemblable, mais des plus agréable à lire.
Le personnage de Josh, qui est foncièrement un gars honnête, a fait une erreur stupide mais, sans mauvaise intention. Mais c'est une personne servile obligé d'affronter ses peurs et de déterminer sa véritable identité. Parce que malheureusement Josh commence par croire qu'il est un véritable espion avant de recouvrer ses esprits.
La première chose qui lui est demandé est de permettre que son appartement de l' Upper West Side New Yorkais soit utilisé comme «planque», lorsqu'il n'y est pas,   ce qui ne présente pas vraiment de problème. Une autre fois,on lui demande de stocker armes et uniformes militaires à son domicile.
Josh se rend compte que les "United States Agent " est un groupuscule anti-américain, composé de radicaux , lorsqu'il découvre qu'il est partie prenante, d'une tentative d'assassinat sur un haut - dignitaire de Kamastan .

C'est en apprenant de Robbie Mitchell , " Mitch" - un homme inventif et beaucoup plus solide qu'il n'y parait - que Josh met de côté sa passivité naturelle afin de se battre pour la vie de sa famille, qu'il sait menacée et de contrecarrer cet assassinat.
Mitch Robbie, l'acteur, embrasse l'ensemble de ses rôles avec finesse et  justesse , s'adapte à toute situation, qu'il faille séduire ou harceler. C'est un acteur né , capable de s' adapter à toutes situations contrairement à Josh. Et surtout, il n'a pas de famille , lui ,  qu'il a mis dans la confidence au risque de la mettre en danger !

Ce Thriller vous donnera quelques heures de lecture le sourire aux lèvres garanties. Le style est peut-être lèger et  trés parodique mais Argent facile est un thriller au rythme rapide dont le sujet est peut être aussi l' évocation de l' honnêteté et comment repousser ses limites.
Westlake , tout en combinant bouffonneries et absurde , avec l'humour qu'on lui connait jette une lumière nouvelle sur cette vieille homélie qui dit qu'on ne reçoit jamais rien sans rien !

Avec plus d'une centaine de romans, Donald Westlake , écrivain à l' humour cynique et décapant appartient à la génération des grands maîtres du polars américains au coté de Burke ou d' Ellroy. Il est mort l'année dernière à l'age de 75 ans.

Delirium Tremens de Ken Bruen



Lire c'est aussi voyager facilement et simplement, s'immerger dans d'autres littératures...et d'autres ambiances.
Alors quand Ken Bruen nous guide ,ce n'est pas non plus un voyage de tout repos. Avec Delirium Tremens, c'est l'Irlande notre destination , le pays du whiskey et de la Guinness mais le Galway de Bruen n'est pas vraiment le paradis touristique qu'essayent de nous vendre les voyagistes pronant la beauté irlandaise. Les rues sont sombres, enfumées , dangereuses et à vrai dire le climat malsain qui y regne nous fait plus penser au New York sale et pollué de ses ghetto.

Et si vous pensiez avoir tout lu concernant les détectives à la bouteille facile, c’est que vous n’aviez jamais mis les pieds au Grogan’s ,le plus ancien pub de Galway pour y rencontrer sa population indigène et surtout, Jack Taylor, notre alcoolique consentant, qui y passe le plus clair de son temps au point d'y avoir déménagé son bureau.
"C’est le plus ancien pub de Galway à ne pas avoir changé. […] J’aime ce pub car c’est le seul qui ne m’a jamais interdit l’entrée. Jamais, pas une seule fois. […] Aucune décoration au bar. Deux crosses de hurling (?) sont croisées au-dessus d’un miroir tacheté. Plus haut encore, il y a un triple cadre. On y voit un pape, saint Patrick et John F. Kennedy. JFK est au centre. Les saints irlandais. Autrefois, le pape occupait le poste de centre, mais après le concile du Vatican, il s’est fait virer. Maintenant il s’accroche à l’aile gauche."
L’ Irlande résumée en quelques mots.

Jack est un ex membre de la Garda Síochána, un compromis Irlandais entre milice et police. Après avoir été viré de celle-ci pour alcoolisme patenté, il est devenu une sorte de dètective, le statut de privé n'étant pas reconnu et n'ayant aucune existence légale en Irlande.
Selon ce "qu'on en dit" son petit penchant pour le Brandy au café allongé ( le contraire serait anecdotique) et les pintes de Guinness,était si problématique au sein de la police au point d'en devenir dangereux pour elle même.
Depuis, il passe ses journées au pub en attendant qu'on le réclame pour résoudre quelques petites affaires.Et ce n'est pas forcément un hasard si Bruen emprunte le nom de ce bar à celui fréquenté à New York par Matt Scudder , personnage principal de l'excellente série de Lawrence Block.Il existe de nombreuses similitudes entre les deux détectives : ce ne sont pas officiellement des privés, les deux alcooliques traînent leur carcasses dans un bar miteux, et vivent dans un hôtel résidentiel.
Jack Taylor est un personnage imbibé certes, quelque peu désespéré,mais aussi et surtout un bibliophile passionné et Ken Bruen prend plaisir à jouer avec les mots , les citations et références à d'autres grands auteurs tels que McBain et Pelecanos.
Un hommage, oui, mais peut-être aussi un pied de nez.
Car Jack est plus que l'idéal anti-héros, il est l'anti-tout ; ne trouvant aucun espoir dans cette société et surtout étant persuadé qu'il n' y aura aucune chance de rédemption.
D'ailleurs la majorité des gens qu'il connaît ou rencontre sont des psychotiques ou des tordus, et lui-même n'est pas sans tache.

Eclusant une bière, l'écume au lèvre ,il est un jour approché par une femme qui ne croyant pas au suicide de sa fille Sarah, lui demande d'enquêter. Alors ,Jack fouille, questionne, dérange...enfin entre deux cuites ( il passe le plus clair de son temps inconscient )...Mais ce n'est pas du gout de tout le monde car les choses ne sont pas aussi claires qu'il aurait espéré .Un certain nombre de jeunes femmes se sont suicidés, bizarrement au même endroit...Et un ami finit par être assassiné.
Jack va devoir relevé un énorme défi , celui de rester sobre , du moins le temps de découvrir la vérité et tenter de ne pas devenir la prochaine victime.

Ce polar est complètement atypique , et prend à revers toutes les règles établies,l’intrigue  y est limitée au strict minimum mais surtout parce que Jack, ivre la plupart du temps, n’y à qu’un rôle mineur et que tout se résout finalement sans lui !!!
Mais il faut découvrir la plume aiguisée de Ken Bruen, c'est cela la surprise : une prose vive et acérée, pleine d’humour et de dérision, douce et amère à la fois.
Et une histoire pleine d’humanité et simple ( ne chercher pas un  trame alambiquée ).Mais un récit qui se concentre plus sur les luttes internes de son personnage principal , Souvent dérangeant et drôle à la fois.

Delirium Tremens, est un roman au style vif et à l'écriture rapide, que l’on avale en un rien de temps et que l’on finit quelque peu groggy et irrémédiablement dépendant !

Qui a tué Glenn de Leonie Swann



Sur une pâture de la verte Irlande, le berger George Glenn est retrouvé assassiné, mais personne dans le pays n'est capable de découvrir son meurtrier.
L'enquête piétine...rame même .Les premiers à se trouver sur les lieux sont... ses moutons. Alors son troupeau prend les choses en main.
Des moutons pas comme les autres, parce que Glenn aimait et éduquait ses bêtes. Aussi sont-elles plus malignes que les habitants du village de Glennkill. Le troupeau orphelin va donc confier la direction de l'enquête à la vieille brebis Miss Maple...

Ces moutons-détectives ont en commun le désir de s'élever au-dessus de leur condition et de surmonter l'affligeant handicap qui les oblige à s'arrêter de penser plusieurs fois par jour pour se remplir l'estomac.
Aux côtés de Sir Ritchfield (le doyen), d'Othello (un bélier noir au passé mystérieux) et de Zora (une brebis philosophe et alpiniste qui aime à flirter avec les abîmes), Miss Maple, la plus sage d'entre tous, s'arroge la direction de l'enquête.

Un livre tout à fait distrayant et agréable à lire, où l'on découvre les agissements des habitants d'un village par les yeux des moutons qui en décortiquent toutes les incohérences.
Il y a beaucoup d'humour, de poésie et même un zeste de sagesse.
Amusant, le point de vue des moutons sur les hommes (on découvre que tout est relatif, notre intelligence, notre âme…) .On s'amusera donc beaucoup à suivre les tergiversations de nos amis laineux et leurs déductions qui se font selon leur propres repères ovins.
On sourit sur leur pensées, les priorités, leurs rêves, leur point de vue sur les hommes qu'ils pensent être des êtres stupides, puisqu'ils ont une petite âme et que comme tous les moutons le savent, l'âme est une question d'odorat et les humains ont un nez pas du tout développé
La qualité de ce récit tient dans le juste compromis entre réalités ovines et anthropomorphisme. En d'autres termes, Leonie Swann a essayé de garder des réflexions ovines face aux incidents que les moutons peuvent rencontrer. Les termes employés et les quiproquos sont donc nombreux et fort amusants, notamment en ce qui concerne le prêtre qui parle de ses agneaux et de la maison de Dieu ...

Le scénario est suffisamment bien conçu pour distiller des indices tout au long du roman et ne laisse reconstituer le puzzle qu'à la fin du livre.
Même s'il n'arrivent pas résoudre complètement l'énigme, ils y concourent et leurs talents théâtraux sont impressionnants !
L'intrigue policière n'est pas le plus intéressant ici (car pas le plus réussie), faisant plus office de fil conducteur à l'histoire qu'autre chose

A noter une intrigante couverture pour l'édition broché (grand format) .Car c'est pas tous les jours qu'on voit un mouton vraiment tout doux, sur une couverture (avec de la vraie laine )

Best-seller en Allemagne et en Italie, Qui a tué Glenn ? est l'un des romans les plus farfelus et les plus imaginatifs publiés ces dernières années.
On est facilement conquis par cet OVNI dans le monde du polar.
Un vrai grand moment de plaisir qui n'est pas sans rappeler ( trés fortement...) les moutons de f'murr et sa série du génie des alpages ( en beaucoup cyniques et caustique je vous l'accorde) Mais l'auteure en fait certainement un clin d'oeil malicieux puisque comme lui, elle attribue une compétence et son lot de mystère à chaque mouton du troupeau.

c'est drôle frais, simple un peu mais ce laisse lire avec délectation... c'est empreint de poésie de douceur...
c'est surprenant comme écriture et se mettre dans la peau du mouton c'est une belle idée d'écriture...
Une livre qu'on pourrait aussi conseiller comme livre de chevet aux jeunes ados.



Quelques extraits :
"- Ecoute, petit brouteur, écoute moi bien, avec tes oreilles bien faites, avec tes yeux, avec tes cornes qui vont encore grandir, avec ton nez, ta tête et ton coeur.
L'agneau ouvrit même la bouche pour écouter encore mieux."

"- Vous savez peut-être comment on va au ciel ? s'enquit-elle.
- Il doit bien y avoir un moyen. car enfin, nous voyons tous des mouton-nuages. Mais comment faire ? Y a-t-il un endroit d'où l'on peut monter jusque dans le ciel ? Ou faut-il avancer et brouter dans le vide ?

Innercity blues d' Ammari-B et Brüno


Inner City, côte Est des Etats-Unis, septembre 1972. Huggy les bons tuyaux , John Shaft et Foxy brown sont de sortie !!!!
Les deux frères Arnold et Willie, sont des petits malfrats et voleurs de bagnoles qui évoluent dans le ghetto black.
Suite à une gaffe - ils volent la voiture de Yaphet Kotto, un grand ponte de la mafia régnant sur la ville- ils se voient offrir un boulot pour lui.
Ils lui sont sont redevables, et doivent exécuter une sale besogne pour Kotto. Dès lors qu'ils intégrent le gang, ils vont progressivement gravir les échelons de l’organisation. De
contrats en coups de main, les deux frères font une entrée remarquée dans la pègre d'Inner City .Ils vont manier des gros flingues, toucher beaucoup d argent, devenir des caïds, et bien sûr, devoir faire régulièrement couler le sang...
Ils ne comptent même plus les cadavres qu’ils laissent derrière eux.
Mais tout basculera dés lors qu on leur confie un gros coup : acheter une grosse quantité de drogue à un dénommé Priest, redoutable truand indépendant...

Bienvenue en pleine blaxploitation : l’ambiance qui règne ici, c’est Marvin Gaye, «Foxy Brown», la «Tamla Motown», la boxe, le jazz, les quartiers blacks, la drogue...
L'ambiance seventies de cet album est tout simplement exquise, entre soul music, design rétro et séries kitsh, nos deux compères évoluent dans un univers plein de couleurs flashy, de drogues psychédelliques et de filles sexy.

Au départ cette série ne m'avais pas fait flashé à cause de son dessin très original donc et un graphisme hors norme.. Cependant il faut bien avouer qu'après lecture le scénario de Fatima Ammari est bien ficelé, bien développée, avec des personnages intéressants et le dessin de Brüno va vraiment bien et apporte une touche d'originalité notamment au niveau de l'ambiance créée. Le trait épuré et tout en rondeur est un vrai régal, er est servit par une colorisation impeccable et un environnement qui lui sied à merveille.Son trait est sûr, net et brutal comme peut l'être le récit dans une Amérique ou "violence" rime avec "quotidien". C'est un vrai régal de voir les tribulations des deux frangins.

Nostalgiques des coupes "afro" et des chemises à col pointu, sautez sur l'occasion pour vous replonger dans vos souvenirs.Tout ici est seventies ! Des couvertures pétantes aux ambiances musicales omniprésentes.On croirait parfois entendre Sly Stone ou isaac Hayes.

Cette série fonctionne sur le principe de l'alternance, chaque album mettant en scène différents protagonistes dans le même espace temps puisque c'est Pries , sortant de prison qui est narré dans le second tome
Les gentils et honnêtes héros ont le bon goût de ne pas apparaître, ce qui renforce l'authenticité et l'intérêt de cette série 100% blaxploitation. On ne peut s'empêcher de sentir l'ombre de Tarentino dans sa période "Jackie Brown", cela sent bon le souffre, la luxure et contrairement aux apparences, c'est bien le noir qui est la couleur dominante ici !

Sans feu ni lieu de Fred Vargas

Clément Vauquer est un jeune homme si lent d'esprit et si stupide au point d'exécuter ce qu'on lui demande de faire sans se poser de questions, et assez aveugle pour ne pas voir la manipulation. C'est le pigeon idéal.
Tout l'accablant , il est accusé de meurtre .
Lorsque son portrait s'étale à la une de tous les journaux et que tous reconnaisse en lui le tueur en série de jeunes parisiennes, il n'y a que la vieille Marthe pour croire à son innocence. Cette ancienne prostituée, qui avait pris Clément enfant sous son aile, va tout faire pour prouver l'innocence de "son petit".

Elle fait appel à Louis Kehlweiler, ancien flic de l'Interieur mais aussi ancien client et ami de longue date, qui va mener l'enquête et  tout faire pour élucider l'affaire.
Alsacien ,il est surnommé l'Allemand mais est aussi paumé qu'Adamsberg qu'on verra par la suite. D'ailleurs les personnages des romans de Vargas ont tous des défauts caricaturaux,  beaucoup de mal à s'integrer dans le monde réel , et une passion dévorante hors norme. Kehlweiler, lui rédige une biographie de Bismarck !!! 

Les personnages sont attachants, y compris le présumé coupable, et toujours décalés, comme Vargas sait si bien les inventer.
Clément l'accordéoniste est quand même un brin demeuré et a le chic pour s'emmeler. Bizarre et intriguant, il devient attachant au fil des pages.

Quant à l’intrigue, elle est bien menée, on peut faire confiance à l’auteur : prenante, sans temps mort, pleine de rebondissements. Même si j’avais malheureusement subodoré l’identité du coupable.
Une intrigue avec un coupable idéal qui n'est donc pas le vrai mais envers lequel l'histoire entretient toujours un doute...

Et c'est aussi dans ce roman là qu' on retrouve St Luc, St Matthieu, et St Marc, les Evangélistes.
L' idiot Clément , traqué par toutes les polices de Paris et de Nevers,echouera chez eux , en planque malgré lui.
 Les trois amis historiens qui se découvrent page après page, sont relativement caricaturaux et semble à peine adultes. Fred Vargas elle même historienne et spécialiste du moyen-age a certainement du distiller ça et là quelques anecdotes vécues.

Mais ce sont eux qui font l’originalité du roman, leur chaleur, leur humanité et ce, sur un ton joliment drôle où leurs multiples péripéties y contribuent amplement.
Ces personnages sont bien de leur époque, trois chomeurs hyper-diplomés s’associant pour partager un logement et vivant de petits boulots,
Ils occupent leur maison par couches chronologiques, comme sur un terrain de fouilles, une triade d'abord : un préhistorien au premier, un médiéviste au-dessus, puis un spécialiste de 14-18. Matthias, Marc et Lucien ; Et au grenier, le Vieux Vandoosler , l'archiviste, c’est Dieu au dessus de tout ,  ex-flic douteux et fatigué.
L'homme de la Préhistoire et l’Age de Pierre se balade nu; Le parrain débonnaire du grenier fait du gratin pour tous, tandis qu’un immonde crapaud gîte dans la poche de Kehlweiler, l'allemand.
Pour vous metttre dans l'ambiance !
Ils sont à ce point attachant que Vargas s'y est elle même attachée et qu'aprés "Debouts les morts" et "un peu plus loin sur la droite " c'est leur troisième apparition .

Ce qui est intéressant dans Vargas, c’est autant le contexte, la marginalité dans laquelle évoluent les intervenants que l’intrigue elle-même.
Un bon cru et surtout un roman qui mise agréablement sur le décalage et l'absurde.

Une enquête au pays de Driss Chraïbi


Ce soir je ne vous propose ni un polar , ni un thriller mais une simple enquête policière qui tient plus du récit initiatique. Ce livre vous transporte littéralement hors du temps ,de l'espace mais aussi de nos conventions futiles d'occidentaux.

L'inspecteur Ali va passer deux jours flanqué de son chef dans un village oublié au coeur du Haut-Atlas  marocain, à la recherche d'un mystérieux coupable.
Les deux policiers tentent de mener une enquête et se heurtent à la rudesse du paysage et du climat autant qu'à la simplicité frustre des habitants
Dans ce village fantômatique, l'inspecteur va vivre les émotions les plus intenses de son existence qu'il retrace avec son chef. L' humour et les pitreries d'Ali, de même que les vaines colères de son chef ne pas sans rappeler les personnages d'une bande déssinée.
Parfois très drôle, parfois lourd, mais au fur et à mesure de la lecture,on finit par s'immerger dans
le style de l'auteur et à s'attacher aux personnages.

C'est plus un voyage qu'une enquête , un  hymne sensuel à la terre natale et une vision désidéalisée du Maroc .
 Une enquête au pays mêle l'humour  et la réflexion en confrontant deux sociétés et deux époques qui ont bien du mal à dialoguer entre elles.
 Et c est aussi, pour Driss Chraïbi, l'occasion de dénoncer, non sans ironie, l' absurdité du pouvoir des chefs de villages  et les dangers d'un 'progrès' occidental importé qui a tendance à détruire les valeurs traditionnelles de la société arabo-berbère.

Dans Une Enquête au pays, le fait d'être intrus dans une communauté de berbères amène les deux personnages principaux, le chef et son inspecteur, à une prise de conscience individuelle, à voir l'intrus en eux-mêmes, qui les dérange et qui les trouble.
C'est un livre vraiment trés bien écrit et qui puise sa force, non seulement dans son modernisme mais qui met dos à dos histoire coloniale et histoire identitaire.

Driss Chraïbi est l'un des plus grands écrivains marocains. A son enterrement en 2007 au cimetière des Chouhadas à Casablanca, Tahar ben Jelloun dira de lui qu'il était " l'écrivain-monde ", " l'ancêtre des marocains" .
Une  littérature sans concession empreinte de rage et de révolte. Son premier roman « Le Passé simple » (1954) a été pour les maghrébins aussi important que « L’Etranger » d’Albert Camus "

Une agréable surprise puisqu'un livre acheté , je l'avoues , aux hasards d'errances dans quelques librairies parisiennes et ma foi, mis dans mon panier sans trop de conviction   , pressé par le temps.
Une accroche....peut être à laquelle j'étais destiné ...Qui sait ?

Le temps de la Sorcière d' Arni Thorarinsson


Après Indridason, les éditions Métailié nous invitent à découvrir un nouvel auteur islandais... au nom toujours aussi compliqué Arni Thorarinsson. Cette fois-ci, vous n’aurez pas à

suivre la figure classique du flic alcoolique mais Einar, journaliste quoique ....alcoolique « en pause » comme il aime le répéter .

Einar, journaliste dans un quotidien du soir islandais, est muté dans la petite ville du Nord, Akureyri pour diversifier la ligne éditoriale de son journal.
Un journaliste envoyé en punition dans la «province islandaise».
Oui, car il y a une «province» en Islande, et si à nos yeux Reykjavik est un trou perdu au bout d'une île perdue, et bien les villages d'Islande sont, aux yeux des habitants prétentieux de Reykjavik, des petits trous perdus au bord d'un trou perdu au fond d'une île perdue !
Bon gré mal gré, il s'acquitte de sa tâche, en compagnie d'un collègue bougon et de Joa ,sa photographe qu'il découvre lesbienne. C'est d'autant plus difficile lorsqu'on vient juste de décider de rester sobre... Mais bientôt les faits divers s'accumulent : une mère de famille se noie en kayak, un adolescent disparaît et est retrouvé mort dans une décharge alors qu'une de ses amies se suicide. Einar, buté, mène l'enquête, quitte à prendre quelques coups...

Ce roman est intéressant à plusieurs titres. Malin, Einar a du caractère et résiste au pression de son rédacteur en chef qui n’a qu’un objectif, la rentabilité.
La mise en scène de fabrique de l’information est bien vue et l’intrigue bien construite : dans une Islande en proie à la mondialisation et à une anglicisation forcée, Arni Thorarinsson « tricote » plusieurs enquêtes qui ont du sens ; elles vont bien sûr finir par se recouper à la fin.

Habituée à la froideur et la tristesse des Indridasson, cet auteur là montre une toute autre facette de l'Islande.
C'est avec un humour finement dosé que Arni, fils de Thorarins, nous dépeint la vie de ses concitoyens : la mode, les portables, la politique de village, le business de la politique, les jeunes étudiants, la drogue, l'attirance pour le Danemark, les immigrés venus des pays de l'est et l'anglais qui envahit la langue natale ...

Son personnage est un peu largué par la vie, exilé en province, a priori destiné à écrire dans la rubrique des chiens écrasés...mais finalement il se passe des choses au nord, et le tout raconté avec humour noir ce qui ne gate rien.

Un polar islandais dans la droite ligne d'Indridason, mais on passe cette fois-ci de l'autre côté du miroir, à savoir du côté des journalistes, avec qui la police ne fait guère bon ménage.
On découvre aussi les problèmes opposant les Islandais de souche aux nombreux émigrés de tous pays venus fournir une main d'œuvre bon marché pour le chantier d'un barrage.

Les confrontations sont violentes, mais la police cherchera à minimiser les choses car  trop d'intérêts sont en jeu.

Une bonne surprise mais un récit assez défaitiste, ponctué par beaucoup d'humour et une critique acerbe de la société islandaise. Les personnages sont entiers et très convaincants tant et si bien qu'ils paraissent authentiques.

Les Saigneurs du Village de William judson



Vous allez comprendre que c'est plus un choix personnel qu'un conseil littéraire.

Pour résumer Georges Waddy , petit dealer sans envergure ,griévement bléssé , perd la mémoire et est recueilli par une mystérieuse jeune femme et échoue à Killman’s Landing , autrement surnommé Saigneville .
C'est un drôle de village ou quelques âmes damnées vivent en autarcie. Ces villageois austères qu’on pourrait confondre avec de gentils quakers écolos sont en réalité de redoutables tueurs, membres d’une organisation criminelle a la solde du FBI, de la CIA et du KGB.
Ce sont eux qui ont éliminé Jesse James, Martin Luther King, Robert Kennedy, l’ex roi Farouk, le pape Pie XII et même le général de Gaulle ( sic...et oui tout un programme !!!)

Dans ce village, les filles comme les garçons, à partir de douze ans, sont initiés aux armes à feu, aux technologies de pointe et à la pharmacologie.
Une fois rétabli, George Waddy épouse Pauline sa salvatrice et devient de ce fait membre de droit de la communauté. Il est alors prié de prononcer ses « vœux » qui feront de lui un tueur à gages chargé d’un premier contrat : éliminer l’attorney général des Etats-Unis. Mais rien ne va se passer comme prévu.

Je crois savoir qu'aussi loin que puisse remonter ma mémoire, ce bouquin est certainement le premier polar qu'il m'ait été donné de lire.

Trouvé par hasard chez mon grand père quand j'étais mome ( 8-9ans...enfin, c'est loin maintenant) et lu en cachette sous les draps la nuit à la lueur d'une loupiotte ou planqué au fond du gigantesque jardin à la faveur d'une tiéde journée d'automne , le regard inquiet et troublé oscillant de temps en temps et m'arrachant à ma lecture par peur du Pater Semper massif à la voix rauque et imposante .
L'ironie est que ce sentiment trouble de défiance envers l' Adulte Autorité a du me procurer un certain plaisir pour que ce souvenir aussi lointain soit-il refasse surface avec tant de détails....( sale môme...!!!)

Ce roman m'a hanté des nuits et m'a certainement fait perdre une partie de mes illusions d'enfant. A t'il d'ailleurs révélé ce gout du glauque et de l'obscur qui me fait apprécié les errances de cinéastes comme Ferrara et Lynch , ou le sordide accompli d'un Patrick Bateman( Ellis) ou d'un Ward Litell ( Ellroy) ??? C'est digne d'une analyse !!!
IL est vrai que sorti en 77 ,année punk , il s'apparente plus à un ovni ...Violent, sombre, désespéré et cynique mais aussi caustique et ma foi intemporel.

Redècouvert il y a peu au fond d'un carton dans le grenier de cette vieille batisse mayennaise qui fait office d'auberge -lits et couverts - aux membres de ma famille , j'y ai réplongé avec délectation un oeil plus mur et plus endurci.

Il est vrai que l'écriture fluide tient plus d'un roman de gare que d'un Mailer, que les personnages caricaturaux semblent tout droit tirés d'un comicbook , qu' invraisemblances, anachronismes et grosses ficelles sont aux rendez-vous, la trame n'ayant pas forcemment été bien réfléchie et que malheureusement, les quelques et rares personnages féminins font faire-valoirs à des scènes érotiques téléguidées.

Mais il faut qu'absolument que je remercie ce William Judson de m'avoir fait apprécier le roman policier ( au risque d'une bonne trempe méritée)...
Mais surtout d'avoir certainement contribué à ce gout immodéré pour la lecture qui m'a transformé en dévoreur de pages.
Et depuis je mache , j'avale, ingurgite parfois regurgite, lignes encrées et pages cornées.
On reconnait en soi le toxicomane incurable lorqu' on en arrive à humer l'odeur de l'encre neuve et à en prendre du plaisir...
Certains se reconnaitront certainement....

Pierre qui Roule de Lax d'aprés Westlake


Juin 1969. New York. John Dortmunder sort de prison après avoir purgé une peine de quatre années. A la sortie, l’attend son vieil ami et complice Andy Kelp qui lui parle déjà d’un nouveau nouveau coup qui peut leur rapporter pas mal d'argent. Son commanditaire est le major Iko, ambassadeur du Talabwo. Celui-ci voudrait qu’il récupère une émeraude sacrée appartenant à un pays rival– valant la modique somme d'un demi-million de dollars –.

Une équipe est rapidement mise en place : Roger Chefwick le serrurier, Stan Murch le conducteur et Alan Greenwood l’homme à tout faire. L’objectif se trouve dans un musée, le plan se met en branle : Andy marche tranquillement devant l’une des entrées et fait mine de s’évanouir. Le garde le voyant se précipite pour l’aider mais le voyou le braque. Plus loin, Stan lance une voiture contenant une grenade incendiaire contre la porte principale et occupe les gardes en leur disant que la direction s’est bloquée.
Alan, John et Roger sont maintenant à l’intérieur et essaie de sortir l’émeraude de sa prison de verre. Or, à peine ont-ils réussi, qu’une alarme retentit. John donne la pierre précieuse à Alan et somme à tous de se disperser. Seulement Greenwood se fait prendre…
Le casse, par malchance, ne va pas se dérouler comme prévu...

Christian Lax retrouve ses crayons et ses pinceaux et nous plonge avec ses planches au coloris plutôt sombre dans l'univers du polar nous faisant découvrir graphiquement un maître du genre , Donald Westlake.

Initialement paru en 1970, Pierre qui roule raconte le parcours d’un ancien taulard qui essaie de mettre la main sur une émeraude, et qui doit pour cela faire preuve de patience et d’ingéniosité. Lax réussit avec talent (comme d’habitude) à nous narrer les méfaits de ce casseur looser, sans oublier un humour bienvenu.
Les confrontations entre le major Iko et John prêtent à rire, l’ambassadeur africain étant très exubérant. On s’amuse aussi de voir l’addition de plus en plus salée pour ce dernier…
Si le roman est plutôt bien adapté, l’ambiance « année 70 » est bien rendue, les ellipses se font peut être un peu trop ressentir .Mais ceci n'est pas préjudiciable puisque les planches sont toujours aussi impressionnantes, la colorisation est assez sombre et l’effet gouaché est très réussi.

Dans Pierre qui roule, nous faisons ainsi la connaissance de l'un ses personnages récurrents, un cambrioleur un tantinet malchanceux, John Dortmunder...
C' est un personnage extrêmement attachant, un loser sympathique, malchanceux mais prenant les choses avec circonspection. Chaque livre le mettant en scène est un véritable régal et met toujours de très bonne humeur.

Et puis l'équipe réunit ces bras cassés déja rencontrés auparavant et qui seront aussi récurrents dans les romans futurs de Westlake, dont Andy Kelp, l'enthousiaste permanent qui fatigue tout le monde par ses bavardages ,Stan March le driveur obsédé par ses itinéraires et leurs minutages, et Roger Chefwick le roi des crocheteurs amoureux des chemins de fer.

Ce roman a d'ailleurs été adapté au cinéma avec dans le role principal un Robert Redford aussi caustique et cabotin que dans "l'Arnaque"


Donc pari gagné pour les éditions Casterman et Rivages Noir qui ont eu une bien belle idée de s'associer pour faire se rencontrer roman noir et bande dessinée ! D'ailleurs , deux autres adaptations méritent que l'on s'y attardent et je pense que j'en parlerai un jour . Donc rendez-vous pris pour Loustal et Coronado d'aprés Dennis Lehane ( Shutter Island, Mystic river) et pour Matz et Nuits de terreur d'aprés Jim Thomson ( Le démon dans la peau, Les arnaqueurs) , Enfin Le Choucas , héros emblématique de Lax aura certainement sa chronique ici...
A bientôt....

Rouge Karma de Mi Jianxiu


Le renouveau du polar étranger , bien qu'on nous assomme avec cette vague de scandinave ( dont les fers de lance comme Mankell ou Nesbo sont somme toute trés bons), passe aussi par ces auteurs chinois comme Qiu Xiaolong , He Jiahong ou ce Mi Jianxu dont je vais parlerqui confirment que le réveil si souvent annoncé de la Chine a commencé depuis déjà bien longtemps.

Choix difficile ( et bigarré) entre Bleu Pekin, jaune camion, et rouge Karma. Mais ce dernier est pêut etre le plus emblematique.
C'un polar inhabituel dans le sens où on découvre une enquête menée différemment qu'en occident. l'auteur nous emmène méticuleusement dans une société et une logique de pensée qui nous est différente.

Au temps de la Révolution Culturelle dans un camp de rééducation par le travail situé dans le Hubeï, une jeune femme, Chen Meimei, est violée par Da Han, le cruel chef du camp.

Dix ans plus tard, au moment du programme de modernisation accéléré de la Chine du début des années 1980, un homme venant de cette même province du sud est trouvé égorgé dans un chantier de démolition à Pékin. L'enquête commence alors pour le juge Li, ses amis Peng (sous-chef à la Sécurité-Publique), Po (jeune agent) et la ravissante Xia, (agent de l'ordre public). Cette enquête les emmènera au cœur de Pékin, grande ville minée par la violence et la corruption, ainsi que dans les campagnes miséreuses du sud.

Mi Jianxiu nous décrit, par de brèves et frappantes esquisses, les ressorts d'une société chinoise tout à fait surprenante bien loin des idéologies véhiculées par les intellectuels européens: la montée de la criminalité, le peu valeur accordée à une vie humaine, la gangrène de la corruption à grande et petite échelle, le respect presque absolu de la hiérarchie, la place de l'individu dans l'ordre social et le schisme existant entre la vie urbaine et campagnarde.
C'est une description sans complaisance mais très vivante qui nous dévoile l'envers d'un pays souvent idéalisé .
Mais on apprend aussi : comment on voyage en train, comment on mange des raviolis, comment fonctionne un commissariat, nous apprenons que les Mandchous se sentent supérieurs aux Han, qu’il y a des brigades pour arrêter les homosexuels et les amoureux illégitimes, et la procédure à suivre pour être amoureux légitime, et les petits trafics, et les grosses combines, nous nous repérons peu à peu dans les complexités du système, nous zonons dans la ville, nous découvrons une province, et les antagonismes entre pouvoir central et pouvoir régional, mais le plus beau, c’est qu’on rit.
Et parfois aux éclats , l'auteur s'attachant à y manier beaucoup l'humour, ce qui ne sera pas sans vous déplaire !!!!

L'homme aux cercles bleus de Fred Vargas


Encore un auteur sur lequel on ne peut que s'attarder.Pour ma part ,j'ai tout dévoré d'elle.
J'avais par hasard et je ne sais plus comment , mis la main sur "Part vite et reviens tard" que j'ai avalé d'une traite.....pour finir par démarrer toute sa bibliographie

Fred Vargas , pseudonyme sous lequel une Archélogue renommée, chercheur au Cnrs et spécialiste du Moyen-age en référence à Maria Vargas,rôle que tenait Ava Gardner dans le film de Joseph Mankiewicz La comtesse aux pieds nus....Rien que ça!!!
Fred Vargas met en scène des personnages qui ont en commun d'être un peu décalés, doux rêveurs, et surtout humains .Le plus célèbre étant certainement le singulier commissaire Jean-Baptiste Adamsberg - dont c'est la première apparition dans L'homme aux cercles bleus

Depuis quatre mois, cette phrase accompagne des cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu : trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon... Jusqu'au jour ou l'on y retrouve le cadavre d'une jeune femme



Rêveur, s'habillant n'importe comment, toujours en retard, mais doué d'une intuition remarquable, Adamsberg résout l'enquête on ne sait comment, tout en faisant de petits croquis de feuilles d'arbres.
L' histoire comme dans les autres romans est toujours un peu alambiquée et les méthodes de résolution pour le moins irréalistes. Il n'en reste pas moins qu'on lis l'enquête jusqu'au bout. La curiosité est toujours la plus forte !

Les personnages qui peuplent ses livres sont aussi anarchistes et lunaires que savants et sont tous plus ou moins atypiques et attachants : le commissaire Adamsberg qui semble légèrement détaché de la réalité, l'océanographe,Mathilde, dont le passe temps préféré est de suivre les gens dans la rue pour les observer, l'aveugle aigri mais au bon fond, l'inspecteur Danglard et son petit faible pour le vin blanc... tous participent à créer une ambiance à la fois loufoque et attachante à ce livre.

Et surtout , Vargas sait conter avec un humour décalé bien à elle , des histoires toutes droite sorties d'un imaginaire libéré et débridée.

Un excellent livre, où ce qui compte le plus, ce n'est pas vraiment l'intrigue policière, mais bien les personnages et leur bizarre caractère, leurs dialogues tordus mais drôles.
Une écriture à dix milles lieues des polars classiques, se rapprochant des polars-qui-ne-se-prennent-pas-au-sérieux, type Le Poulpe.
Je ne peux que m'agenouiller devant cette romancière qui nous offre à chaque roman un véritable coup de maître, alambiqué ,certes , mais tellement savoureux !!!!

La reine des pommes de Chester Himes



L'histoire se passe dans Harlem, possiblement dans les années cinquante, comme la traduction en français a paru pour la première fois en 1958.
Jackson, la reine des pommes, est employé des pompes funèbres. Petit, gros et noir, il a presque pour femme Imabelle, une superbe demoiselle à la peau couleur de banane. Mais l’entourage de la belle est exclusivement constitué de truands sanguinaires qui ne pensent qu’à s’accaparer de l’argent de Jackson.

Après une tentative de blanchiment d’argent où ils sont tous pris en flagrant délit, les bandits disparaissent avec Imabelle. Seul Jackson se laisse prendre et est finalement remis en liberté.

Recherchée par le duo de policiers Ed Cercueil et Fossoyeur, la bande s’intéresse maintenant à la malle d’Imabelle qui contiendrait des pépites d’or. Jackson, de son côté pense à retrouver son aimée et va chercher de l’aide auprès de Goldy, son frère jumeau. Goldy, qui se déguise en bonne sœur et qui vend des tickets pour le ciel afin de s’acquitter du coût de la drogue qu’il a tant besoin, pigeonne aussi Jackson.
La route qui mène Jackson à la tranquillité et à l’amour d’Imabelle est semée de cadavres et autres malentendus macabres.
Le récit est saupoudré d’humour noir et de dégoûtantes descriptions, mais le bonheur finit par l’emporter car dans le Harlem de Chester Himes il y a effectivement un dieu pour les bons chrétiens… Qu’est-ce que la reine des pommes peut demander de plus ?

C'est un roman policier mais l'intrigue ne constitue pour autant pas l'intérêt essentiel de ce livre. Plus qu'un roman policier, c'est aussi et peut-être surtout un roman social. Chester Himes décrit Harlem dans tous ses coins et recoins, la misère,la saleté, la violence, c'est la vie dans ce qu'elle a de plus pathétique.
On ne s'ennuie jamais dans les descriptions de Chester Himes car le rythme est rapide.
Les descriptions du Harlem des années 50 et de ceux qui y vivent ou plutôt souvent y survivent sont très réussies...
C'est très noir voire sordide mais en même temps, drôle voire loufoque. Et Le sordide et le loufoque font ici un mélange savoureux.

On ne s'ennuie jamais car le rythme est très enlevé et il se passe toujours quelque chose: on se croirait devant un vieux film américain de gangsters mais avec une dimension sociale et un côté comique plus poussés.

Et Les dialogues sont agrémentés de citations fantaisistes des Écritures et font un usage massif de l'argot. On y retrouve l'inévitable "greluche" mais aussi les "bigorne", "frelot", "maflus", "lingue" ou autres "blases". Et Quelques refrains de blues viennent compléter l'ambiance de ce bon polar qui ne ménage cependant pas le lecteur en alternant dialogues pittoresques et scènes plus noires...

La Reine des pommes est le premier roman d'une série qui met en vedette deux inspecteurs noirs, Ed Cercueil Johnson et Fossoyeur Jones,l’un au crâne cabossé, l’autre au visage vitriolé, inspirant respect et crainte aussi bien aux flics blancs qu’aux voyous de Harlem.
Les aventures dans le ghetto de Harlem des deux policiers sans illusions se poursuivent entre humour et désespoir à travers plusieurs autres romans parmi lesquels Couché dans le pain et Imbroglio negro en 1959, Tout pour plaire en 1961...

Ce roman a obtenu le Grand Prix de littérature policière en 1958, je crois et a d'ailleurs été adapté en 1991 par Bill Duke avec Forest Whitaker et Danny Glover, et l'on avait conservé le titre original, Rage in Harlem.
Je vous le recommande chaleureusement, sous le couvert d'un humour irrésistible et d'une histoire policière c'est un roman qui démontre la condition déplorable des noirs américains dans les années 50.


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