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Un tueur à Munich d' Andrea Maria Schenkel

Publié chez Actes Sud dans la collection Actes noirs, excellente collection puisqu' elle nous fit connaitre Stieg Larsson  et sa trilogie Millénium , Un tueur a Munich est le deuxième roman d'Andrea Maria Schenkel, auteure allemande déja à l'origine de "Tannöd" ( La ferme du crime ). Ces deux romans ont obtenu l'un comme l'autre le "Deutscher Krimi Preis".

L'action se déroule à Munich entre 1931 et 1939. Les événements ne nous sont pas présentés dans un ordre chronologique. Le roman s'ouvre ainsi sur la condamnation à mort et l'exécution de Josef Kalteis, accusé en 1939 du meurtre de plusieurs jeunes femmes dans les environs de la capitale bavaroise.
Andrea Maria Schenkel se base sur une histoire vraie, celle de Johann Eichhorn, par ailleurs membre du NSDAP (  qui deviendra plus tard le parti nazi), et qui defraya la chronique dans l' Allemagne d'avant guerre.
Un violeur et meurtrier de femmes connu sous le nom de "Der Schreck des Westens Münchner". Une de ses victimes fut Katharina Schätzle , qui devient Kathie sous la plume d' Andrea Shenkel.


Le 14 Octobre 1931 la police allemande fait une une macabre découverte. Lorsqu'elle est appelée prés du lit de l'Isar au sud Munichois , elle retrouve un corps ligoté enveloppé dans un linge. De grosses pierres ont été nécessaires pour assurer que le corps ne flotte pas. Les premières investigations de la police indiquent que la victime a été étranglée et son identité est rapidement révélé : Katharina Schätzle, assassinée une semaine après son arrivée à Munich.
Une récompense de 300 marks allemands sera bientôt promise a quiconque mènerait à l'arrestation de l'assassin. Mais ce n'est que sept ans plus tard que finira l'enquête.
En 1939, Johann Eichhorn, marié avec deux enfants et,travaillant pour les chemins de fer allemands est finalement pris en flagrant délit alors qu'il tente de violer une jeune fille de 12ans.

Au cours de son interrogatoire, il admettra être à l'origine du meurtre de Kathie Schätzle et avouera plusieurs autres crimes entre 1934 et 1938 , quatre autres femmes qu'il aurait , par ailleurs, également violé.
... On pense encore aujourd'hui lui en attribuer presque 90.
Il attirait ses victimes dans les bois , les dépouillait après leur meurtres et ,détail macabre, avait la fâcheuse habitude de découper les parties intimes de leur corps.
Il fut condamné à mort le 1 Décembre 1939 par guillotine.

L'interrogatoire de Josef Kalteis traverse habilement le roman : si l'on peut encore le croire, au début, lorsqu'il affirme ne s'en être pris qu'à une seule jeune fille (qu'il n'a pas tuée), plus le récit avance, plus on découvre l'ampleur de sa folie meurtrière. Kalteis est un sociopathe qui n'a ni remord ni empathie , menteur dans l' âme mais aussi fier dans sa folie.

C’est bien écrit, dense et compact, tout en nous donnant un aperçu de la vie munichoise et des rêves des jeunes allemandes. Le ton est simple, relativement clinique mais réussit à faire monter une tension assez palpable.L'auteure signe un excellent second roman, aussi noir que fascinant. Elle dépeint formidablement l' Allemagne désillusionnée des ouvriers, des filles et des désoeuvrées, des perdants de la grande-guerre et des revanchards . C'est un décor rêvé à l'épanouissement d'un tueur en série et on lit d'une traite ce récit, pris dans l'atmosphère sombre et délétère qu'il dégage.

Le roman est construit par bribes , une construction originale et différente des autres romans policiers puisque c'est une narration où l’on remonte le temps personnage par personnage:

Le récit est organisé autour du portrait de Kathie, une jeune campagnarde venue tenter sa chance à Munich et montée à Munich pour trouver une place de bonne. Kathie rencontrera  Mitzi, une amie entretenue par un fiancé lointain et " protégée " par un compagnon, qui lui fait comprendre qu’en trouvant d'ailleurs un protecteur, elle n’aura pas besoin de travailler et pourra vivre comme une dame. Mais Kathie croisera le chemin de Kalteis et deviendra sa première victime.
On suit le récit de son arrivée à Munich, le témoignages de proches d’autres victimes, les extraits d’interrogatoires de Joseph Kalteis (mais nous n’entendrons que les réponses du meurtrier à ses interrogateurs). Tout s’alterne et les strates s’imbriquent clairement, nous comprenons que Joseph tuera Kathie et suivons la jeune fille, qui rêvait de devenir une dame, se vendre pour quelque argent et finir assassinée.
Le compte à rebours est commencé pour Kathie et on attend avec effroi le moment où la jeune fille va croiser le chemin de son bourreau, la tension devenant de plus en plus palpable au fur et a mesure du récit.

Un reproche quand même ( profitez-en , c'est rare) , le livre n'est vraiment pas épais et peut se lire d'une traite , le récit nous enchaînant littéralement.
Un peu plus de consistance et il y aurait eu matière pour un roman glaçant manquant aussi quelques peu d'émotion à l'image du personnage du tueur.

L' homme du Lac d' Arnaldur Indridason

En commençant à se vider suite à un tremblement de terre, le lac de Kleifarvatn a découvert un squelette qui reposait jusque là par 4 mètres de fond et lesté par un vieil émetteur de radio d'origine soviétique. La police soupçonne que l'assassinat remonte à l'époque de la guerre froide et imagine que la victime avait pu être impliquée dans une affaire d'espionnage. C'est l'inspecteur Erlendur qui mènera l'enquête. Lui qui s'intéresse aux disparitions non élucidées de la fin des années 60, s'acharnant sur des détails qui paraissent anodins à ses collaborateurs, comme la perte de l'enjoliveur d'une Ford falcon noire en 1968 qu'il cherchera dans toute la campagne Islandaise.

Dans les années 50 des étudiants islandais membres du parti communiste obtiennent des bourses de la RDA pour poursuivre leurs études à l'université de Leipzig. Sur place ils découvrent la réalité du "paradis communiste". Certains se voilent la face ou s'accomodent du décalage entre la théorie et la pratique, d'autres s'imaginent qu'ils peuvent manifester leur opposition. Mieux aurait valu pour eux ne pas quitter leur pays et conserver leurs ilusions. "Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru" dit Erlendur.
On suit ici le récit de Tomas, l'islandais, LLona la Tchèque ou Lothar, l'allemand , tous victimes de leur illusions.


Arnaldur Indridason est un auteur de polars givrés fort bien menés.À l'instar d'un Jo Nesbo pour la Norvège ou d'un Stieg Larsson pour la Suède, Arnaldur Indridason a contribué à rendre plus familier un pays de lacs et de sapins, réputé étrange pour ses fameux geysers imprévisibles et éminemment exotique pour ses tartines de mouton fumé et pour ses volcans qui nous enfume ( Certains d'entre vous n'y auront vu qu'une simple coincidence ...n'est ce pas ?) . Il nous y emmène sur les traces d'un héros récurrent, le commissaire Erlendur, flic laconique et entêté, que l'on retrouve avec plaisir chaque livre passant. Erlendur est une sorte d'inspecteur de la dernière chance, celui qui se passionne pour les affaires non résolues, le seul qui fasse preuve de compassion pour les victimes longtemps après qu'elles ont disparu et l'un des rares policiers qui trouvent légitime l'obstination des familles à vouloir savoir.

Polar psychologique, efficace à sa manière, car Erlendur se retrouve encore une fois à la tête d'une enquête qui n'est pas sans le marquer, l'emmener dans ses souvenirs ou à faire des parallèlles avec sa vie d'hier et d'aujourd'hui.Voilà encore un excellent épisode des enquêtes d'Erlendur qui nous entraîne cette fois jusque dans une salle d'interrogation de la stasi. L'histoire des malheureuses victimes de l'idéologie communiste est passionante et pathétique.

Pour moi c'est aussi les retrouvailles avec tous les personnages récurrents et leur évolution, même si ce qui domine est plutôt de l'ordre de la désespérance, si l'on excepte l'arrivée du fils d'Erlendur et la progression de sa relation avec Valgerdur.
La galerie de personnages que nous offre Arnaldur Indridason et qui gravitent autour du commissaire Sveinsson est juste.
Il y a sa fille, junkie entrée en cure de désintoxication qui a, avec son père, une relation des plus tumultueuses ... le fils du commissaire est aussi un cas dans son genre, venant et disparaissant au fil des pages sans que l'on comprenne bien ce qui cloche chez lui ... il y a Valgerdur, la petite amie de Sveinsson qui ne semble pas avoir l'intention de quitter son mari ...
Et puis il y a les collègues du commissaire ... Elingborg qui prépare un livre de recettes de cuisine ou Sigurdur Oli qui reçoit des coups de fil tardifs d'un homme dépressif et suicidaire.Et Marion Briem, ancienne commissaire,mentor d'Erlendur qui adore regarder les westerns mais qui se meure d'un cancer…


Comme dans "la femme en vert", le récit se découpe en deux parties, l'une au présent, l'une quarante ans auparavant. Une ambiance pesante, des secrets datant de la guerre froide, des âmes torturées, et la découverte d'un squelette sur fond d'histoire est-allemande aux pires heures de la Stasi et de la délation...Indridasson y cultive plus que jamais son rythme envoûtant qui fait de lui un auteur si attractif.

L'intrigue est construite suivant le procédé employé dans chacun des précédents romans, par alternance entre la vie d'Erlendur, de sa famille et de ses coéquipiers et celle du personnage lié au meurtre que l'on vient de mettre à jour.
L'aspect historique et politique du problème est accrochant.Le roman s'écoule grace à une alternance de chapitres entre la lente et laborieuse enquête d'Erlendur et ses acolytes autour du squelette remonté du lac ficelé à un vieux poste radio et ce qui s'est passé à Leipzig en ce temps là, au temps où la Stasi régnait sur les consciences.
Car ce qui intéresse Indridason ce n'est jamais le côté criminel du polar, ce sont «les gens», leurs pensées, leurs rapports aux uns et aux autres, leurs rêves ... et leurs cauchemars aussi.

Les anges brisés de Somerstown de Graham Hurley


Joe Faraday est inspecteur des quartiers nord de Portsmouth ( UK)  en charge de la brigade criminelle.
Il est aussi le père d’un jeune homme sourd et muet de retour chez lui après une histoire d’amour ratée.
On les retrouve dans le troisième volet d’une série qui décrit la réalité sordide de Pompey, la zone portuaire de la ville.
L’Angleterre n’a plus rien de « so british », mais c'est à mi-chemin ( et le chemin peut être long ) avec le Los Angeles de Connelly.
La violence y règne à l’état pur : drogue et trafics en tout genre.

 Ici, une très jeune fille de quatorze ans Helen Bassam, adolescente à problèmes est tombée d’un toit, vingt-trois étages en chute libre… Elle s'était entichée d'un Afghan (avec épouse ...au pays) qui lui donnait des leçons particulières. Mais s'est-elle vraiment suicidée ? Les soupçons, inévitablement, se portent sur le prof.
 Le même soir, Doodie, 10 ans, petit délinquant d’une sauvagerie irréductible, a été vu dans l’immeuble…par l'arrière grand-mère d'Helen...  C'est un petit délinquant qui deviendra grand, déjà dangereux . En rupture de tout, squatte un cinéma qui risque à tout moment de s’effondrer...
Ailleurs, un petit malfrat ,Bradley Finch, 20 ans, dealer de modeste envergure, est retrouvé pendu vêtu en tout et pour tout d’une culotte de dentelle rouge.  Avant de « se pendre », il a été tabassé, côtes cassées,

Confronté aux nombreux drames de l’adolescence qui ravagent Pompey et Somerstown, quartiers défavorisés de Portsmouth, l’inspecteur Faraday se désole.
Et la police ? Elle n’a pas les moyens d’agir comme il conviendrait faute d'effectifs… Alors, tout est bon pour que le public mette la main à la poche…
Cette brigade de Portsmouth qui patauge avec un budget rachitique face à des médias locaux teigneux.
De Cathy Lamb, sergent au mariage plombé, à Paul Winter, inspecteur de la vieille garde aux méthodes douteuses, en passant par le superintendant grande gueule Bevan, tous sont attachants et parfaitement crédibles.

C’est là que nous retrouvons Faraday, toujours amateur d’ornithologie ce qui nous change des flics amoureux de la bouteille (et je ne citerai pas nos écrivains nordiques !!!), mais qui progresse dans la vie tant bien que mal. Enchevêtrant vie privée et enquêtes en cours, c’est un héros fragile, un type qui aime mais doute et se heurte au quotidien des choses.
Si vous aimez entrer dans les personnages, leur psychologie, scruter le déroulement minutieux d’une enquête,  vous serez passionné par Joe et son univers.
L’ambiance pluvieuse, portuaire et donc maritime, concourt au rythme donné. Loin du tumulte et de la vitesse américaine, l’anglais se presse lentement, collectionne les faits, et suit calmement la dérive des choses..

C'est aussi un roman dur et social comme savent nous le concocter les anglais. on y évoque la violence des jeunes, l’inflation galopante du trafic de drogue, les parents qui baissent les bras, les services sociaux impuissants et la police dépassée. C'est autant de signes d’une société malade que les pouvoirs publics refusent de considérer.
Les Anges brisés de Somerstown offre une plongée réaliste dans les quartiers périphériques pauvres de Portsmouth, territoire de la délinquance juvénile, des dealers, des ados violents que leurs parents n'arrivent pas à contrôler.

Ce roman est vrai , son réalisme vous heurtera peut être mais vous touchera surement. Mais La justesse de Graham Hurley et l’humanisme à l’œuvre dans ses romans forment une dynamique globale.
Un énième conseil de lecture...ça fait beaucoup maintenant.

Avant le gel de Henning Mankell


.......«Vous avez retrouvé le... reste du corps?»

En Scanie, aux abords des bois d' Ystad , et à la douceur de la fin aout, la police fait une atroce découverte : une tête de femme coupée,  les deux mains fermées dans une attitude de prière. Une Bible poisseuse de sang se trouve à côté de la victime, les pages marquées et griffonnées de corrections.
Une série d'incidents macabres, notamment l'immolation d'animaux par le feu ( des cygnes ont été aspergés d'essence et transformés en torches volantes), ont eu lieu, et l'inspecteur Kurt Wallander craint que ces perturbations pourraient être le prélude à des attaques sur des êtres humains à une échelle encore plus alarmante. Et pourquoi as des sacrifices humain ?
Après 15 ans de bons et loyaux services et d'enquêtes déprimantes, l'inspecteur Wallander aurait bien voulu prendre un peu de champ et ne plus porter la misère du monde à lui tout seul mais décidemment, il y a quelque chose de pourri au royaume de Suède. Un gourou, une secte, des fidèles fanatiques prêts à mourir et faire mourir sur ordre : on entre vite dans l'hystérie.

Mais cette fois ci une page se tourne chez Mankell.
Linda Wallander s'ennuie. Tout juste diplômé de l'académie de police, elle est impatiente d'endosser l'uniforme et de commencer à travailler au poste de police d'Ystad,
Bientôt, elle se retrouve impliquée dans une affaire parallèle. Celle de son amie d'enfance Anna, qui croit reconnaître son pére disparu dans un homme rencontré par hasard, et qui elle même, finira par disparaitre.
Linda, jeune femme têtue, impatiente de faire ses preuves, accumulera les erreurs de débutant et mettra irrémédiablement sa vie en danger.
Elle se lance contre l'avis de son père , dont elle partage déjà l'anticonformisme et l'irrascibilité , dans cette enquête qui la mènera vers une secte religieuse fanatique, résolue à punir les pécheurs de ce bas monde.

La double enquête du père et de la fille et leur confrontation faite d'amour et de suspicion fait la qualité première de ce polar. L'histoire elle-même, si elle est glaçante et malgré la présence inquiétante des paysages, la mélancolie de l'atmosphère et le véritable sens du détail et des silences de Mankell, elle reste attendue.
L'intérêt de ce polar tient donc plutôt dans le passage de relais entre le père et la fille, lui tout en incertitude bougonne, elle toute en impatiente et défiance. Kurt Wallander tenant toujours les rênes, surveille sa progéniture en éternel protecteur, maladroit devant une enfant qui lui ressemble trop.

Dans ce Roman, tous cherchent. Tous les personnages cherchent, tout le monde cherche...
Wallender, le commissaire cherche une maison et cherche à savoir.
Sa fille Linda cherche son amie Anna. Anna cherche son père disparu.
Jim cherche Dieu...
Ces enquêtes s'entrecroisent, nous poussent à la lecture et
....l'on cherche aussi... impossible d'abandonner...

Henning Mankell passe le relais à Linda face à un Kurt fatigué et dépressif dont les névroses, alcoolisme et autres faiblesses sont moins présentes que précedemment .
Ces névroses , peut-on penser , sont d'ailleurs propre aux policiers nordiques - on retrouve cet archétype chez l'Erlendur d' Indridason.
Stefan Lindman que l'on verra dans " le retour du professeur de danse" fait aussi ici sa première apparition.

Un bon roman tortueux a souhait, ou le suspense reste assez bien mené et ou ,comme toujours avec Mankell, les descriptions de la société et de ses travers sont assez prenantes.

Zulu de Caryl Ferey


Nous suivons ici une équipe de la Brigade des Homicides du Cap, en Afrique du Sud, menée par Ali Neuman,chef de la police criminelle, un zoulou traumatisé par les années d’apartheid.
Enfant, il a vu sa famille se faire massacrer et a fui avec sa mère le KwaZulu en proie aux rivalités entre Inkhata et A.N.C.
Jusqu'au jour où alors qu'il enquête sur une agression dont a été victime sa mère, le corps atrocement mutilé de la fille d'un ex-champion du monde de rugby est retrouvé dans un jardin
botanique.
Neuman va alors enquêter aves ses adjoints, Brian Epkeen et Dan Fletcher.
Epkeen, son bras droit, un Afrikaner dur à cuire, vit sa vie comme une course de bolides. Fletcher, le jeune bleu, tente de cacher sa peur face à la violence à laquelle il est confronté tous les jours en sillonnant les ghettos de la vil

Ce thriller est dense, violent. Le rythme ne baisse jamais et monte à certains moments d'un seul coup, sans qu'on le voie venir.On ne sort pas indemne de ce roman.

C'est un roman complexe ou les personnages sont tous attachants malgré un quotidien sombre et sans espoir...et pour le coup, les criminels sont vraiment méchants, plein de haine... à faire froid dans le dos!

En ce qui concerne le milieu social, politique, culturel et économique,l'Afrique du Sud est un élément important pour ce qui va être dit, contrairement à ce qu'il va se passer.
La gageure, pour le gouvernement post apartheid, est de donner du pays l’image d’une nation réconciliée, apaisée…
Pari difficile, voire quasi impossible, en cette année 2007, qui voit les statistiques de la délinquance culminer à des sommets jamais atteints, le taux de pauvreté n’ayant rien à leur envier… : « La première démocratie d’Afrique est devenue le pays le plus dangereux du monde ».
Drogue, guerre des gangs, trafic d’armes, sida…, les fléaux qui déciment la population des townships se comptent par dizaines, les premières victimes en étant les enfants.
La guerre est omniprésente, guerre entre gang surtout.
Et On tue pour un rien, on promet pour mettre une balle dans le dos. On injecte des virus aux enfants des rues parce que, qui va s'en apercevoir ??

Ajoutez à cela la ténacité des rancunes opposant non seulement noirs et blancs, mais aussi les ex-membres des diverses factions plus ou moins extrémistes qui, du temps de l’apartheid, luttaient les unes contres les autres, et vous aurez, peut-être, une petite idée de la morosité, du pessimisme qui se dégagent du dernier roman de Caryl Férey, « Zulu ».

C'est donc un polar très intéressant, tant du point de vue de la forme que du fond économico-culturel ou du fond de l'histoire !
Les coups de poignards existe bel et bien dans ce polar mais pour moi, Caryl Férey en donne tout du long de l'histoire. En pointant du doigt sur les violences qui sévissent encore, sur la pauvreté, sur les "vieux ennemis qui agissent toujours dans l'ombre de la réconciliation nationale" (couv), et sur la tournure des évènements.

Zulu est à lire absolument ...Certains ne se sont pas trompés puisqu'il a obtenu huit prix en 2009 dont le Grand Prix de Littérature Policière et est d'ailleurs en cours d’adaptation pour le cinéma.

Necropolis de Herbert Lieberman


A New York, ce n'est pas les cadavres qui manquent!
Paul Konig est le chef de la médecine légale . C'est un praticien de génie, formé par le meilleur professeur, dont la compétence est sans égale. Il perd pied entre les horreurs auxquelles il est confronté, les luttes intestines dans son service, la paperasserie administrative et surtout, la disparition de sa fille.
Attention ce n'est pas du Patricia Cornwell c'est d'un sombre !!!!
La précision clinique de l'ensemble des thèmes soulevés dans ce livre est un excellent moyen de sonder l'ame humaine , ses horreurs et ses travers.

Un roman noir, très noir...mais fulgurant!
Embarquez pour un voyage hallucinant et halluciné au coeur des entrailles de la "Grosse Pomme". Un polar qui vous hantera longtemps....!
Ecrit dans les années 70, ce thriller a conservé toute sa puissance, toute sa symbolique et,trente ans avant que ce ne soit la mode des séries TV, "Experts et Autres", mettait déjà en avant le travail indispensable de la médecine légale.

L'auteur nous livre une narration tendue, maîtrisée et sans temps mort qui plonge tout de suite le
lecteur au coeur d'une intrigue et d'une ambiance aussi efficace qu'étouffante et il est bien difficile de
lâcher le livre avant son dénouement.
Voici probablement l'oeuvre la plus noire de ce fabuleux auteur qu'est Herbert Lieberman. Ce policier
reste un véritable incontournable pour quiconque désirerait lire un roman glauque, malsain et
formidablement écrit. Le parallélisme entre trois affaires différentes est exceptionnellement bien ficelé
et l'intrigue reste toujours claire bien que parfois empreinte de complexité.


Necropolis (la cité des morts), c'est New York City, et comme à l'entrée de l'enfer de Dante, il faut ouvrir ce bouquin en abandonnant tout espoir... Mais les chants les plus désespérés sont les plus beaux et
ce livre bouleversant ne déroge pas à la regle
Cela se lit d'une traite tant le suspense est omniprésent de la première à la dernière page. Une oeuvre sans faute que je recommande à tous tant par le fond que par la forme.

Ce livre est au polar , ce qu'Abel Ferrara est au cinéma !!!!
Et puis c'est historique , c'est bien le premier polar à ma connaissance dont le héros est légiste.

La voix d' Arnaldur Indridason


Ce n'est plus de saison (Noêl est déja loin derrière nous) mais pourquoi ne pas évoquer l'Islandais Arnaldur Indridason et cet affaire de Pére Noël assasiné.

Indridason a été une découverte en ce qui me concerne.
J'ai adoré 'La Femme en Vert' et aussi 'La Cité des Jarres'.

Pour ce dernier roman traduit en français,LA VOIX , j'ai été pris par ce récit lent à la faveur de l'hiver artique.
On dirait que l'inspecteur Erlendur est engourdi par le froid et que rien ne s'y passe.
Erlendur, c'est un peu l'Adamsberg de Vargas dont je parlai dans mon précedent article, bourru, lunaire et taciturne. Un humour beaucoup moins présent dans ce roman mais qui touche de son coté glacé.
C'est pourtant un bon roman, avec des personnages complexes, un réalisme parfait et un passé très secret et très pesant qui fait régner une ambiance de plomb sur ce roman bien noir.

Quelques jours avant Noël, dans un palace de Reykjaviik, le portier Gaudlaugur (endossant occasionnellement le costume du Père Noël pour la fête des enfants) est retrouvé assassiné dans un cagibi qui lui servait de domicile depuis plus de vingt ans dans la cave de l'hôtel.
Toute cette histoire est sordide. Du début à la fin. Cela commence par des détails anodins qui empirent et empirent jusqu'à devenir incontrôlables.

En Islande le temps suspend son vol alors ne soyez pas perplexe lorsqu’Erlendur, ayant trouvé dans la maison de la victime ,une photo d'un enfant que l’on découvrira mort trente ans passé, décidera d'orienter les enquêtes sur des faits arrivés dans les années 60.
Erlendur a le chic pour disposer d’un sens tellement intuitif pour suivre une piste qui, apparemment, n’a rien à voir avec l’homicide mais qui le placera sur la bonne voie. Un fait récurent qu'on retrouvera dans " la femme en vert " ( que d'ailleurs je conseille aussi..)

Dans ce roman le commissaire dévoile beaucoup de ses tourments existentiels autour d'un certain traumatisme culpabilisant de son enfance qui le poursuit et ampute son aptitude à la joie de vivre : la disparition du frère en pleine tempête et la dépression du père, son mariage désastreux, sa fille droguée qui s'est réfugiée dans les bas fond, se prostitue et pense au suicide.
Et une histoire parallèle d'abus d’enfant sur laquelle enquête Elinborg, l'adjointe.
Pour Erlendur, rien ne va. En effet, seul et mélancolique, il décide de s’installer à hôtel et de passer la Noël loin de chez lui.
Très peu d'action, presque rien. Tout se déroule, lentement, dans un lieu fermé. La trame policière n'est pas particulièrement captivante, sans grandes surprises mais ce roman qui est plus une histoire sur les rapports familiaux, surtout entre père et enfants, reste de toute façon fascinant pour le personnage du commissaire, pour les étranges hôtes et les étranges employés de l'hôtel, surtout pour la belle écriture d'Indridason.

La personnalité d'Erlendur correspond au profil-type du «héros» de bon nombre de polars qui ne trouve d'échappatoire que dans l'exercice de ses fonctions où il se réfugie...Quoique...
Parfois le lecteur se demande si notre héros va pas se jetter par la fenêtre de cet hotêl qu'il squatte sans vergogne, se coupant réellement du monde ce soir de noêl.

Un grand roman bien ficelé avec des personnages attachants et des indices lancés çà et là...
Bonne prose, bon suspense … bref, bon thriller qui nous vient du froid.


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