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Secondes noires de Karin Fossum



Ida Joner est une jolie fillette de neuf ans qui fait le bonheur de sa mère, Helga .Ida est une enfant exemplaire comme en reverait n'importe quelle mère et surtout un enfant unique et couvée. Un matin , impatiente d'attendre son 10ème anniversaire , elle enfourche son vélo -  un beau vélo jaune tout neuf et à pédales - pour aller faire quelques emplettes en ville, " des bonbons surtout ,puis une bande dessinée"...Et disparait.
Lorsque sa fille ne revient pas, Helga craint le pire et a de suite le sentiment que quelque chose de terrible a du se passer .

La communauté dans laquelle elles vivent ( une petite ville norvégienne d'extérieur respectable mais où les passions et secrets restent cachés sous la surface propre)  s'organise et une battue commence , mais on ne trouve de traces ni d'Ida ni de son vélo.
Helga s'appuie fortement sur sa sœur, Ruth, et son ex-mari, Anders. Sa sœur a elle aussi sa part de problèmes. Son fils, Tomme traîne avec un trafiquant de drogue présumé, Willy Oterhals, et son comportement à la maison est de plus en plus difficile . Ruth est de plus en plus convaincu qu'il lui ment et qu'il est peu être impliqué dans des affaires louches.

Le courtois et distingué inspecteur Konrad Sejer et son jeune acolyte Jacob Skarre prennent l'enquête en main.  L'interaction entre eux - le jeune homme voit son patron comme un mentor - est prometteuse, mais on peut parfois regretter le manque de developpement de Karin Fossum sur cette relation . Sejer est un personnage fascinant et mérite peut être davantage l'importance qu' il lui est accordée. Il est grand et imposant, et intègre croit encore au respect et à la dignité que l'on se doit d'apporter à tout suspect.
Sejer est aussi compréhensif , attentif et patient, préfèrant permettre au coupable de choisir le moment opportun pour se confesser.

Comme le roman se déroule dans une petite communauté norvégienne, ce type de paramètre présente toujours certaines difficultés pour un auteur de romans policiers, car il existe un nombre limité de suspects pour brouiller les pistes. Mais Sejer connait et comprends trés bien ces concitoyens.
Il se contente d'attendre son heure, à les interroger délicatement et avec soin, persuadé qu'il y parviendra à la fin et avec un minimum de dommages non seulement pour la famille de l'enfant disparu, mais aussi pour la communauté elle même.
Un mélange entre le Cadfael d'Ellis peters et l' Erlendur d ' Indridason.Une touche anglaise aussi tout en évitant de tomber dans l'archétype du personnage lisse et sans défauts.
Il est réconfortant avec Helga dans ses temps de douleur et d'inquiétude. Il ne tarde pas à retrouver la bicyclette d'Ida , mais cette découverte ne fournit aucune preuve supplémentaires à l'enquête.

Plusieurs jours plus tard , le corps d'Ida est retrouvé sur le bord d' une route. Elle ne semble pas avoir été blessée ni violée, vêtue d'une chemise de nuit coûteuse et soigneusement enveloppée dans une housse de couette blanche.
La chasse conduit finalement vers un homme du pays, Emil Johannes Mork, qui est quelque peu mentalement déficient et n'est capable de sortit qu'un seul mot, "Non".

Alors bien sûr , on peut trouver l'intrigue prévisible et les efforts de l'auteur pour jeter des soupçons sur certains des autres personnages un peu vains. Cependant, tout cela est à mon sens secondaire. Nous savons assez rapidement qui est impliqué .Mais ce que nous ignorons, c'est le mobile ....et un mobile qui ne sera pas facile à discerner !!!
Secondes noir n'est pas un thriller au sens propre du terme et encore moins un "Procedural " , c'est plus une étude sociologique sur la dynamique de la famille, même celles qui semblent être unie et heureuse. sur la famille d'Ida , morte sur le siège arrière d'un véhicule mais aussi sur celle d' Emil Mork et la relation qu'il entretient avec sa vieille mère Elsa, et sur la famille de Ruth et les tensions avec Tomme en pleine crise d' adolescence.

Comme dans tous les romans de Fossum, le point fort est sans aucun doute l'écriture quelque fois un peu guindée mais fluide et attachante.
Et l'air de profonde tristesse qui monte au fil de se roman autour de la disparition et le meurtre d'un enfanr , n'est jamais entaché de voyeurisme. Il faut rendre hommage à la sensibilité et à l'empathie de Karin Fossum et de Secondes noires.
Un polar certes atypique mais un polar rare qui nous arrache des larmes.

Sur la ligne noire de Joe R. Lansdale

Dans une petite ville du Texas en 1958, Stanley Mitchell , treize
ans , découvre la magie des livres et, avide de lecture , avale Edgar Rice Burroughs, Mark Twain et Conan Doyle.
A lire tout et n'importe quoi, il tombe sur des vieilles lettres d'amour, le conduisant à l'incendie d'une maison et deux décès tragiques de nombreuses années auparavant.

Stanley Mitchell Jr., et son petit chien Nub, vient d'emménager avec sa famille à Deswmont, à l'est du Texas.
Son père est propriétaire d'un Drive-in qu'il a racheté.

C'est l'été , les grandes vacances scolaires qui semblent s'étendre devant soi pour toujours.Le temps passe lentement pour un enfant oisif.
Joe Lansdale capte une partie de cette magie et la rallume pour nous, lecteurs. Sur la Ligne Noire, malgré son coté sombre, est aussi un conte ,une histoire magique,qui nous ramène aux années 50, époque de Rock 'n' Roll, des drive-in passant des  westerns, des queues de cheval et des mini-jupes, et d'un après-guerre décomplexé.
Mais c'est aussi un récit initiatique pour Stanley qui a l'age de perdre son innocence et commence à apprendre la vie, y compris le côté sombre de la nature humaine.
Les années cinquante semblent souvent être associé au temps de l'innocence, un moment ou la vie était simple, quand tout le monde croyait que la vie était juste et bonne, et quand il semblait que le monde resterait à jamais tel quel. Personne n'entrevoit l'énorme tremblement de terre que va être les années soixante,avec le mouvement des droits civiques, la guerre du Vietnam et les manifestations qui en découlèrent,la crise de Cuba et l'assassinat de Kennedy.
Et pourtant, le monde est en route vers cette transition.

Le racisme, comme dans beaucoup de romans de Lansdale ( Tampa confidential) est omniprésent.
Les relations entre Noirs et Blancs dans le Sud des Etats-unis sont clairement décrites sans partie pris pour relater les faits avec réalisme. La plupart des personnes de race blanche ont appris que les noirs étaient inférieurs et qu'il fallait les traiter de cette façon. La plupart des Noirs méprisent allègrement les Blancs.
Deswmont est l'archétype de la petite ville du Texas ou tout le monde connaissait tout le monde ,ou se généralise un système des castes et ou tout le monde accepte sa place.
En apparence, tout semble idyllique. Mais grattez la surface et toutes sortes de choses s'enveniment.
Probablement que toutes les petites villes cachent leur secret.

Stanley soulèvera ce couvercle trop vite pour son jeune esprit bourré d'imagination.
Un jour, il trébuche sur le coin d'une boîte en métal et découvre qu'elle est rempli d'un journal et de lettres d'amour d'un certain M à une inconnue nommée J. Dans les bois, il trouve les ruines calcinées d'un vieux manoir derrière le drive-in et apprend que deux meurtres se sont produits le soir de l'incendie : Margaret Wood ,violée et assassinée le long de la rivière et Jewel Ellen Stilwind retrouvé brulée parmi ces ruines.
Naturellement, Stanley que ce drame obsède, se propose de résoudre les meurtres avec l'aide de divers protagonistes.

Bien que le mystère central de ce roman n'est en rien traditionnel ( scénario intriguant fait de nombreux rebondissements et possibles suspects ), la vraie force motrice de la Ligne Noire , c'est ses personnages. Lansdale a travaillé brillamment chaque caractères et élève ses personnages au-dessus de leurs stéréotypes évidents.
La mère vit son rêve américain avec réalisme, ses défauts et ses attentes.
Le vieux projectionniste noir, Buster Ligthouse Smith, un ancien policier des réserves indiennes, qui se lie d'amitié avec Stanley ,n'est pas exactement la caricature de "l'oncle Tom" .Il a ses propres problèmes d'ivresse avec troubles mentaux diagnostiqués.D'ailleurs la relation entre Buster et Stanley est unique dans cet univers ségrégationniste.
Jolly, La servante noire essaye de devenir une excellente cuisinière, mais elle a une réelle paresse quand on parle de ménage et se traîne un mari coureur et violent.
Stanley ne fait pas cavalier seul dans cet enquête et outre Buster , implique aussi sa sœur aînée, Callie ( même si elle a l'âge d'être beaucoup plus intéressée par les garçons) ; et son meilleur ami, Richard, enfant maltraité et négligé, mal dans sa peau et introverti.
Tout Les personnages sont authentiques,y compris les secondaires, et ainsi, aucun d'entre eux n'est stéréotypé ni prévisible.

La ligne noire , c'est cette ligne qu'il faut franchir pour rejoindre le monde des adultes,se défaire de ses illusions et laisser de coté l'imagination lorsque, comme Stanley vous déterrez les restes d'un passé sulfureux et que vous ravivez les tensions raciales et les passions enfouies d'une petite communauté de l'Amérique profonde.

Et si l'on doit être déçu de ce roman au charme indicible et prenant , c'est certainement de l'avoir fini si vite.

Ville noire, Ville blanche de Richard Price



Dempsy, banlieue New Yorkaise et cité dortoir sinistrée qui abrite un ghetto noir, la cité Amstrong, lieu de tous les dangers et de toutes les frustrations : drogue, violence, alcoolisme.

Un soir de canicule, une jeune femme blessée et hébétée se présente aux urgences médicales. Elle raconte qu’elle vient de se faire agressée en traversant la cité et on lui a volé sa voiture dans laquelle dormait son petit garçon de quatre ans. Brenda Martin est blanche et se dévoue corps et âme pour une association consacrée au soutien scolaire dans le ghetto noir proche de chez elle.

L’affaire provoque aussitôt un déferlement médiatique et policier dans la cité : interrogatoires musclés, arrestations arbitraires. Côté blanc, la disparition de cet enfant devient un enjeu communautaire ; côté noir, elle est le symbole de l’injustice raciale.

Il est question ici de la mixité communautaire si mal digérée dans la banlieue de New York. Price met en place tous les ingrédients susceptibles de faire éclore un conflit bien saignant, noirs des cités contre flics à cran.

L’histoire nous est racontée tour à tour par deux points de vue différents. D’un côté, Lorenzo Council, le flic noir. Né à Amstrong, il y a toujours vécu et partage le quotidien et les soucis de ses habitants. Comme eux, il a connu la drogue et l’alcoolisme, comme eux, il a des problèmes de couple, comme eux, il a un fils en prison. Et en plus il est asthmatique, ce qui le rend fragile et terriblement humain.
Surnommé Big Daddy par les gens de la cité, il est à la fois assistante sociale, éducateur de rues et conseiller conjugal, faisant régner la loi avec un délicat mélange de caresses et de bâton. Son seul objectif dans cette affaire : éviter que la cité ne s’embrase.
De l’autre côté, Jess Haus, la journaliste blanche, à l’affût du scoop, de l’Affaire qui la propulsera à le une de son journal. Elle pressent très vite le potentiel de cette histoire de disparition d’enfant dans une cité sensible. A la fois manipulatrice et manipulée, elle est prête à tous les mensonges, tous les deals foireux pour coller aux basques de la victime et être la première informée de ce qui se passe. Mais elle aura bien du mal à garder son objectivité dans cette histoire.
Car face à Brenda Martin, la jeune maman brisée de douleur, se pose une question : cette femme dit-elle la vérité ?

Lorenzo Council a le cul entre deux chaises, et fait le maximum pour mitiger le terrible engrenage ; un pasteur noir, porte-parole de la communauté canalise tant bien que mal la hargne qui monte ; Jesse Haus, journaliste de terrain, colle comme une sangsue aux acteurs du drame, gagnée peu à peu par un sentiment complexe et troublant à l’égard de la jeune mère traumatisée. Et à tout ce bazar se joint un groupe associatif spécialisé dans la recherche d’enfants disparus, aux méthodes quasi sectaires, qui jouera un rôle très important dans une quête de la vérité qui n’intéresse finalement pas grand monde.

Ce thriller très noir est le prétexte pour Richard Price à mettre en scène les conflits raciaux aux Etats-Unis et à mettre en évidence le fossé qui s’est creusé entre la communauté noire et la communauté blanche. D’une plume sèche et nerveuse, il nous entraîne dans la touffeur moite de cette cité au bord de l’implosion.
C’est le genre de gros roman qui tient en haleine jusqu’à la dernière ligne et nous laisse hébété face à ce monde bicolore et à ce constat forcément décevant : tout le monde a plus ou moins tort dans cette histoire, autant ceux qui pensent que les Noirs sont tous coupables que ceux qui sont convaincus qu’ils sont tous victimes.


Richard Price est également un scénariste à succès: "La Couleur de l'argent" (Oscar du meilleur scénario en 1988), "New York Stories" (1989), tous deux de Martin Scorcese, "Mélodie pour un meurtre" (1989) avec Al Pacino, "Mad Dog and Glory "(1992) avec Robert de Niro ou encore "Clokers"(1995), de Spike Lee.

Un tueur à Munich d' Andrea Maria Schenkel

Publié chez Actes Sud dans la collection Actes noirs, excellente collection puisqu' elle nous fit connaitre Stieg Larsson  et sa trilogie Millénium , Un tueur a Munich est le deuxième roman d'Andrea Maria Schenkel, auteure allemande déja à l'origine de "Tannöd" ( La ferme du crime ). Ces deux romans ont obtenu l'un comme l'autre le "Deutscher Krimi Preis".

L'action se déroule à Munich entre 1931 et 1939. Les événements ne nous sont pas présentés dans un ordre chronologique. Le roman s'ouvre ainsi sur la condamnation à mort et l'exécution de Josef Kalteis, accusé en 1939 du meurtre de plusieurs jeunes femmes dans les environs de la capitale bavaroise.
Andrea Maria Schenkel se base sur une histoire vraie, celle de Johann Eichhorn, par ailleurs membre du NSDAP (  qui deviendra plus tard le parti nazi), et qui defraya la chronique dans l' Allemagne d'avant guerre.
Un violeur et meurtrier de femmes connu sous le nom de "Der Schreck des Westens Münchner". Une de ses victimes fut Katharina Schätzle , qui devient Kathie sous la plume d' Andrea Shenkel.


Le 14 Octobre 1931 la police allemande fait une une macabre découverte. Lorsqu'elle est appelée prés du lit de l'Isar au sud Munichois , elle retrouve un corps ligoté enveloppé dans un linge. De grosses pierres ont été nécessaires pour assurer que le corps ne flotte pas. Les premières investigations de la police indiquent que la victime a été étranglée et son identité est rapidement révélé : Katharina Schätzle, assassinée une semaine après son arrivée à Munich.
Une récompense de 300 marks allemands sera bientôt promise a quiconque mènerait à l'arrestation de l'assassin. Mais ce n'est que sept ans plus tard que finira l'enquête.
En 1939, Johann Eichhorn, marié avec deux enfants et,travaillant pour les chemins de fer allemands est finalement pris en flagrant délit alors qu'il tente de violer une jeune fille de 12ans.

Au cours de son interrogatoire, il admettra être à l'origine du meurtre de Kathie Schätzle et avouera plusieurs autres crimes entre 1934 et 1938 , quatre autres femmes qu'il aurait , par ailleurs, également violé.
... On pense encore aujourd'hui lui en attribuer presque 90.
Il attirait ses victimes dans les bois , les dépouillait après leur meurtres et ,détail macabre, avait la fâcheuse habitude de découper les parties intimes de leur corps.
Il fut condamné à mort le 1 Décembre 1939 par guillotine.

L'interrogatoire de Josef Kalteis traverse habilement le roman : si l'on peut encore le croire, au début, lorsqu'il affirme ne s'en être pris qu'à une seule jeune fille (qu'il n'a pas tuée), plus le récit avance, plus on découvre l'ampleur de sa folie meurtrière. Kalteis est un sociopathe qui n'a ni remord ni empathie , menteur dans l' âme mais aussi fier dans sa folie.

C’est bien écrit, dense et compact, tout en nous donnant un aperçu de la vie munichoise et des rêves des jeunes allemandes. Le ton est simple, relativement clinique mais réussit à faire monter une tension assez palpable.L'auteure signe un excellent second roman, aussi noir que fascinant. Elle dépeint formidablement l' Allemagne désillusionnée des ouvriers, des filles et des désoeuvrées, des perdants de la grande-guerre et des revanchards . C'est un décor rêvé à l'épanouissement d'un tueur en série et on lit d'une traite ce récit, pris dans l'atmosphère sombre et délétère qu'il dégage.

Le roman est construit par bribes , une construction originale et différente des autres romans policiers puisque c'est une narration où l’on remonte le temps personnage par personnage:

Le récit est organisé autour du portrait de Kathie, une jeune campagnarde venue tenter sa chance à Munich et montée à Munich pour trouver une place de bonne. Kathie rencontrera  Mitzi, une amie entretenue par un fiancé lointain et " protégée " par un compagnon, qui lui fait comprendre qu’en trouvant d'ailleurs un protecteur, elle n’aura pas besoin de travailler et pourra vivre comme une dame. Mais Kathie croisera le chemin de Kalteis et deviendra sa première victime.
On suit le récit de son arrivée à Munich, le témoignages de proches d’autres victimes, les extraits d’interrogatoires de Joseph Kalteis (mais nous n’entendrons que les réponses du meurtrier à ses interrogateurs). Tout s’alterne et les strates s’imbriquent clairement, nous comprenons que Joseph tuera Kathie et suivons la jeune fille, qui rêvait de devenir une dame, se vendre pour quelque argent et finir assassinée.
Le compte à rebours est commencé pour Kathie et on attend avec effroi le moment où la jeune fille va croiser le chemin de son bourreau, la tension devenant de plus en plus palpable au fur et a mesure du récit.

Un reproche quand même ( profitez-en , c'est rare) , le livre n'est vraiment pas épais et peut se lire d'une traite , le récit nous enchaînant littéralement.
Un peu plus de consistance et il y aurait eu matière pour un roman glaçant manquant aussi quelques peu d'émotion à l'image du personnage du tueur.

L' île des chasseurs d'oiseaux de Peter May


Peter May, écrivain écossais, a rencontré un large public grâce à sa « série chinoise », six polars construits autour d’un couple d’enquêteur ; Li Yan, jeune commissaire chinois et Margaret Campbell, médecin légiste américaine avec en toile de fond choc culturel orient-occident et bouleversements de la société chinoise contemporaine ( Meurtre a Pekin , le Quatrième sacrifice, les disparus de shanghai...).

L’Île des chasseurs d’oiseaux est son livre « le plus personnel » et se déroule en Écosse, son pays natal. Plus précisément dans l’île de Lewis, la plus au nord de l’archipel des Hébrides extérieures, une île battue par les vents, sans arbres, recouverte de landes où l’on se chauffe à la tourbe, parle le gaélique et où se déroulent encore des traditions ancestrales d’une cruauté absolue.

Marqué par la perte récente de son fils unique, l'inspecteur Fin Macleod, déjà chargé d'une enquête sur un assassinat commis à Edimburg, est envoyé sur Lewis , où il n'est pas revenu depuis dix-huit ans et ou un cadavre exécuté selon le même modus operandi vient d'y être découvert. . Sa femme lui a clairement indiqué que s’il partait enquêter, comme lui ordonne sa hiérarchie, sur cet assassinat , elle ne serait pas là à son retour.

Fin qui est rentré dans la police parce que c’est ce qu’on faisait quand on quittait les îles et qu’on n’avait pas de qualification revient donc à Lewis où il retrouve ses camarades d’enfance parmi lesquels Artair qui a épousé Marsaili, son premier gros coup de cœur, qui lui servait de traductrice lorsqu’il est arrivé à l’école ne parlant que le gaélique. Fin retrouve aussi Donald Murray ,le fils du pasteur, et Calum Macdonald ,le souffre-douleur d'Ange Macritchie, le fameux cadavre,chef tyrannique de la bande dont Fin faisait partie et que personne ne semble regretter  .
Pour la plupart, il n’est pas le bienvenu...

Parmi les faits marquants du passé de Fin il y a l’expédition qui chaque année, depuis des siècles, conduit une douzaine d’hommes sur un rocher inhabité pour y tuer deux mille « fous de Bassan » qui viennent s’y nicher pour nidifier. La chair de ces « gugas » est en effet fort appréciée des habitants de Lewis. Fin, à contrecœur, a participé dans sa jeunesse à une telle expédition initiatique au cours de laquelle le père d’Artair est mort en lui sauvant la vie…
Que s'est-il passé il y a dix-huit ans entre ces hommes, quel est le secret qui pèse sur eux et ressurgit aujourd'hui? Sur fond de traditions ancestrales d'une cruauté absolue, Peter May nous plonge au coeur de l'histoire personnelle de son enquêteur.

Un roman noir, fort bien construit, d’une redoutable efficacité, où fausses pistes, dialogues à double sens, coups de théâtre, scènes glaçantes, se mêlent pour tenir constamment en haleine le lecteur.L’intrigue se mêle au journal intime de Fin, homme blessé et le lecteur navigue d’un narrateur à l’autre… C'est assez captivant.

Extrait:
"Bien que les yeux de Fin fussent clos, ils étaient grands ouverts pour la première fois en dix-huit ans. Cette sensation qu'il avait eue durant toute sa vie d'adulte, qu'il y avait quelque chose qu'il ne pouvait voir, quelque chose qui avait disparu au-delà de son champ de vision. Le choc était physiquement douloureux. La tension le raidissait. Comment pouvait-il avoir oublié ? Soudain, sa conscience était inondée de souvenirs, comme les scènes d'un cauchemar qui reviennent au réveil. Il sentait la bile monter en lui, tandis que les images défilaient sur sa rétine, comme un vieux film de famille."


La destruction des "fous de bassan" a évidement ému les organisations de défense des oiseaux. Mais les traditions ont la vie dure et en 1954 le Wild Birds Protection Act a émis une dispense spécifique qui autorise la poursuite de ce massacre annuel.
Peter May ,écossais pur souche d'1m90, qui arbore une longue queue de cheval et s’habille en kilt nous offre un roman d'atmosphère sur cette île du nord battue par les tempêtes, cet étrange bout du monde où la vie comme le temps semblent s'être arrêtés.

Dashiell Hammett - Romans




S'il y a un précurseur du roman noir américain, c'est bien Dashiell Hammett .
Fondateur de la Hard boiled school – littéralement "école des durs à cuire", Il est aujourd'hui considéré comme un des maîtres du polar.
Ces héros sont ainsi des gangsters, des récidivistes, des hommes de la pègre; les femmes se classent elles en deux catégories bien distinctes : les vertueuses et les prostituées.

Hammett nous entraîne dans les bas fonds de la société où corruption, détournement des lois, trahison et meurtre sont monnaie courante.
Il l'a connait bien cette rue puisqu' il fut lui même détective privé à la Pinkerton Agency. Il fut plus exactement chargé de filatures ce qui lui permit de faire l’expérience de l' enquête de terrain mais aussi de recevoir quelques mauvais coups avant de se retirer , atteint de Tuberculose.
Désoeuvré, il découvre les premières revues pulp, et décide de tenter l'aventure et ses première nouvelles, lui valent très vite le succès.

Ce recueil proposé par les éditions Gallimard réunit les cinq premiers romans de cet auteur.

Ici le roman noir pose son regard acerbe sur les travers de la société, qui se trouvent dans toutes ses classes. Les personnages, s'il ne sont peut-être pas parmi les plus recommandables de la ville, mais ont une certaine morale en eux. Ils ne sont pas parfaits, c'est peut-être tout simplement parce que les personnages de notre auteur sont des gens que nous pourrions croiser tous les jours. Et puis, dans certains romans, cette vulgarisation du héros, aide à brouiller les pistes pour le lecteur qui cherche à dénouer l'intrigue.
C'est a cela qu' Hammett se distingue des autres. On est bien loin ici des enquêtes à énigmes classiques que l'on trouve chez Doyle, Christie, Gaboriau ou Leblanc

Reste Une littérature populaire dans toute sa splendeur : descriptions à traits rapides, efficaces, action menée avec beaucoup de rythme.
Les dialogues sont riches et c'est un des points forts du style de Dashiell Hammett car les répliques ne souffrent pas de mot inutile. Elles suffisent à exprimer la gravité d'une situation et n'égarent pas le lecteur.

C'est son premier roman, " Moisson rouge ", qui fit de lui un écrivain vraiment populaire.
Dès son arrivée à Poisonville, le détective de l’agence Continental de San Francisco constate d’abord que le client qui l’a fait appeler vient d’être abattu, ensuite que la ville entière est aux mains d’une bande de gangsters.
Pour assainir le bled, avec l’aide involontaire de Dinah Brand, courtisane locale , il met au point une méthode infaillible : dresser les truands les uns contre les autres jusqu’à élimination totale.

"La clé de verre" a pour fond le pouvoir.
Ned Beaumont est le meilleur ami de Paul Madvig, un homme très influent de la ville qui aide le sénateur Henry à se faire réélire. Paul Madvig espère épouser Janet Henry mais le fils du sénateur, est retrouvé assassiné.
Tout accuse Madvig et Beaumont est probablement le seul de la ville qui ne croit pas en sa culpabilité et tente de retrouver le coupable à sa façon...
A noter que Beaumont n'est pas un policier, c'est un joueur ...poker, courses...Coup de bluff, décisions prises suivant les règles du hasard façon roulette russe : Il se désintéresse au départ de savoir qui a bien pu avoir assassiné Taylor Henry.
Ce qui semble alors plus l'intéresser est de récupérer son argent auprès du bookmaker récalcitrant en usant de chantage. Ce ne sera que lorsque les évènements se précipiteront que Beaumont se mettra alors à la recherche du coupable.

Le faucon maltais immortalisé au Cinéma par Humphrey Bogart ( Sam Spade)  est certainement son roman le plus connu.
Après le meurtre de son partenaire, Sam Spade, un détective privé cynique et violent, est entraîné à la recherche d'une inestimable statuette.
Spade et son associé Miles Archer sont contactés par Brigid O'Shaughnessy (qui utilise alors un pseudonyme) pour réaliser une filature sur un homme qui est supposé avoir fui avec sa jeune sœur. Elle paraît innocente, tirée à quatre épingles, comme une sage jeune fille et l'accord est conclu. Cette nuit là Spade reçoit un coup de fil de sa secrétaire, Effie, qui lui apprend qu'Archer a été tué en filature. Au milieu de la nuit, deux officiers de police rendent visite à Spade pour l'interroger sur son emploi du temps des dernières heures. Spade est sur la défensive et les questionne sur l'objet réel de leur visite ...Il est suspecté...


N'oublions pas Sang maudit et l'introuvable bien moins connus mais qui n'en sont pas moins interressants.,
C'est très différent de ce qu'on retrouve dans les polars d'aujourd'hui dans le sens qu'on ne voit pas le schéma suivi par tant d'auteurs.Mais pour moi c'est un grand moment d'histoire.

La reine des pommes de Chester Himes



L'histoire se passe dans Harlem, possiblement dans les années cinquante, comme la traduction en français a paru pour la première fois en 1958.
Jackson, la reine des pommes, est employé des pompes funèbres. Petit, gros et noir, il a presque pour femme Imabelle, une superbe demoiselle à la peau couleur de banane. Mais l’entourage de la belle est exclusivement constitué de truands sanguinaires qui ne pensent qu’à s’accaparer de l’argent de Jackson.

Après une tentative de blanchiment d’argent où ils sont tous pris en flagrant délit, les bandits disparaissent avec Imabelle. Seul Jackson se laisse prendre et est finalement remis en liberté.

Recherchée par le duo de policiers Ed Cercueil et Fossoyeur, la bande s’intéresse maintenant à la malle d’Imabelle qui contiendrait des pépites d’or. Jackson, de son côté pense à retrouver son aimée et va chercher de l’aide auprès de Goldy, son frère jumeau. Goldy, qui se déguise en bonne sœur et qui vend des tickets pour le ciel afin de s’acquitter du coût de la drogue qu’il a tant besoin, pigeonne aussi Jackson.
La route qui mène Jackson à la tranquillité et à l’amour d’Imabelle est semée de cadavres et autres malentendus macabres.
Le récit est saupoudré d’humour noir et de dégoûtantes descriptions, mais le bonheur finit par l’emporter car dans le Harlem de Chester Himes il y a effectivement un dieu pour les bons chrétiens… Qu’est-ce que la reine des pommes peut demander de plus ?

C'est un roman policier mais l'intrigue ne constitue pour autant pas l'intérêt essentiel de ce livre. Plus qu'un roman policier, c'est aussi et peut-être surtout un roman social. Chester Himes décrit Harlem dans tous ses coins et recoins, la misère,la saleté, la violence, c'est la vie dans ce qu'elle a de plus pathétique.
On ne s'ennuie jamais dans les descriptions de Chester Himes car le rythme est rapide.
Les descriptions du Harlem des années 50 et de ceux qui y vivent ou plutôt souvent y survivent sont très réussies...
C'est très noir voire sordide mais en même temps, drôle voire loufoque. Et Le sordide et le loufoque font ici un mélange savoureux.

On ne s'ennuie jamais car le rythme est très enlevé et il se passe toujours quelque chose: on se croirait devant un vieux film américain de gangsters mais avec une dimension sociale et un côté comique plus poussés.

Et Les dialogues sont agrémentés de citations fantaisistes des Écritures et font un usage massif de l'argot. On y retrouve l'inévitable "greluche" mais aussi les "bigorne", "frelot", "maflus", "lingue" ou autres "blases". Et Quelques refrains de blues viennent compléter l'ambiance de ce bon polar qui ne ménage cependant pas le lecteur en alternant dialogues pittoresques et scènes plus noires...

La Reine des pommes est le premier roman d'une série qui met en vedette deux inspecteurs noirs, Ed Cercueil Johnson et Fossoyeur Jones,l’un au crâne cabossé, l’autre au visage vitriolé, inspirant respect et crainte aussi bien aux flics blancs qu’aux voyous de Harlem.
Les aventures dans le ghetto de Harlem des deux policiers sans illusions se poursuivent entre humour et désespoir à travers plusieurs autres romans parmi lesquels Couché dans le pain et Imbroglio negro en 1959, Tout pour plaire en 1961...

Ce roman a obtenu le Grand Prix de littérature policière en 1958, je crois et a d'ailleurs été adapté en 1991 par Bill Duke avec Forest Whitaker et Danny Glover, et l'on avait conservé le titre original, Rage in Harlem.
Je vous le recommande chaleureusement, sous le couvert d'un humour irrésistible et d'une histoire policière c'est un roman qui démontre la condition déplorable des noirs américains dans les années 50.


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