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Misterioso d' Arne Dahl



Deux hommes d'affaires suédois sont assassinés dans leur maison avec le même modus Operandi : deux balles dans la tête, aucun signe de violence ou de cambriolage, et toutes traces soigneusement effacées. Et tout porte à croire que l' assassin ne s' arrêtera pas là.
Afin de résoudre les meurtres de riches industriels et de magnats de la finance, mais aussi d' arrêter un tueur en série présumé, la Sapo ( la police suédoise) crée dans l'urgence, une unité spéciale grossièrement appelée groupe A, faute de mieux.
Ce groupe se veut une élite et se compose de six policiers triés sur le volet, mais aux caractères sérieusement opposé.

Le protagoniste principal est Paul Hjelm, la quarantaine vivant en couple dans un vague pavillon de banlieue avec femme et enfants. Deux adolescents sur les bras et un mariage raté, il est au ,début du livre ,le héros qui ,seul, déjoue une prise d'otages dans un banque. Un acte qu'il reconnait irréfléchi, mené par un policier qui s'ennuit dans sa routine quotidienne. Mis sur la touche par l'IGS, et attendant son licenciement , il est par surprise intégré au groupe A.
Il rejoint ainsi Viggo Norlander,policier de Stockholm, brut ,expérimenté mais vieillissant et traversant une véritable catharsis ; l'armoire à glace Nyberg, ex-Mister Suède , culturiste convaincu de dopage et arrivé dans la police sur le tard ; Kerstin Holm, seule femme du groupe, de Göteborg, infatigable et opiniâtre ; le finlandais Söderstadt, avocat et spécialiste de la finance, presque trop cultivé, et qui révèlera au fil du roman un passé trouble et Jorge Chavez, le plus jeune du groupe, le plus énigmatique, chilien vivant en Suéde , le "basané" du groupe qui se révélera bien utile sur le terrain.

Le groupe A. réfère directement de la Direction nationale des enquêtes criminelles, mais travaille en proche collaboration avec la police de Stockholm, lieu de la plupart des crimes. il est chapeauté par Jan-Olov Hultin, personnage complexe qui peut passer de l'élégance du diplomate à la brutalité efficace et gratuite en un clin d'oeil.
Le groupe d’élite doit faire face à ce qui pourrait devenir la plus grande affaire criminelle en Suède depuis le meurtre du Premier ministre Olof Palme et l'affaire étant prioritaire ,chacun des policiers a carte blanche et d'aucun n' hésiteront pas a flirter avec la légalité.

Plusieurs pistes mènent à des impasses. L'enquête initiale sur une loge secrète ne mène nulle part. Une autre , parallèle, sur les penchants pédophiles d'une des victimes, finit en queue de poisson . Mais la mafia russe ou la pègre estonienne est, peut être, impliqué dans ces massacres? Sans le soutien de son attrayante collègue, Kerstin Holm, Hjelm aurait depuis longtemps jeté l'éponge.
Un troisième meurtre puis un quatrième....Comme de nombreux riches hommes d'affaires, les victimes étaient également membres des mêmes clubs de voile et de golf,  peut être faut il aussi creuser cette piste ?
Une totale confusion mais aussi une sérieuse lassitude s' insinue au sein du groupe A.

Jusqu' à ce que l' assassin laisse sur la scène de crime , son premier indice : un enregistrement rare sur une cassette audio d' un morceau de jazz du grand Thelonious Monk...Misterioso

L' enquête est omni-présente dans ce roman : chaque détail, similitude est exploré avec minutie .Le traçage des pistes, l'interprétation et la recherche du dénominateur commun est décrite en détail, peut être aussi à outrance.
Mais ce roman nous tient en haleine parce qu'il n'a pas de temps mort même lors de cette période de vache maigre ou pendant un temps , l'assassin observera une pause , la police pataugera et ou chacun s'enfermera ostensiblement dans sa routine.

Un premier roman publié sous le pseudonyme de Arne Dahl et l'écrivain qui se cache derrière cet alias, connaît sacrément son affaire.
Dahl est en Suède salué comme l'héritier de Sjöwall et Wahloo et son roman , Misterioso est une satire critique de la police mais aussi de la société suédoise et attaque insidieusement la politique fiscale et la politique d'immigration, porte un regard éclairé sur les accointances entre mafia russe et estonienne et les milieux d'affaires suédois, et expose aussi les travers d'une haute bourgeoisie sans tabous ou  l'argent flirte avec prostitution, inceste et pédophilie.
L' enquête menée par six enquêteurs part peut être tout azimut mais grace à cela , Arne Dahl , n' hésite pas à écorcher ces milieux d'affaires et à nous éclairer sur leur travers. 
la critique vise plus directement les conséquences désastreuses du capitalisme financier, ceux qui font de l'argent non pas en produisant des biens de consommation, mais en faisant profiter l'argent des autres par des placements via les banques, la bourse, les caisses de dépôts, etc. Du krach des années 90 au scandale des banques américaines qui a ébranlé toute la planète, ce monde mystérieux des enveloppes brunes, de l'argent qui fait de l'argent et des bandits à col blanc est devenu un terrain d'exploitation privilégié pour les auteurs de polars.

Dahl annonçait une décalogie soit dix livres de cette série, mais onze ont déja été publiés , dont deux en France , Misterioso et Qui sème le sang.
Il faut d' ailleurs aussi saluer la traduction de ce roman issu du suédois et qui est excellente.
Un autre roman à conseiller auquel il manque probablement, pour moi, le grain de folie de Nesbo, et la complexité rigoureuse de Mankell mais peu importe : Dahl a suffisamment de qualités pour satisfaire nos exigences et justifier un revenez-y.

 Et auquel cas pour gouter l'ambiance de ce roman , quoi de mieux que de le lire tout en écoutant le titre Misterioso sur l 'album éponyme de Monk :

Maffieux, Truands et hommes de main. Neuf Classiques du polars pour neuf décades représentatives de l'évolution du gangster au cinéma.




Le film de gangster a su évoluer à travers les decennies, la dynamique restant cependant intemporelle mais adaptée à la perception qu'en a eu le public ,du criminel et de la criminalité en général.
A l'origine ,le genre débute difficilement dans les années 30, années noires de la prohibition. Il diminue ostensiblement lorsqu' augmente la prospérité des ménages aprés la Seconde Guerre mondiale, laissant place aux comédies ( musicales , entre autre, en pleine expansion ), aux drames sentimentaux ,et aux films policiers classiques mettant en scene détectives ,espions et femmes fatales des Fifties...
Le film de gangster a rebondi dans la tourmente sociale des années 60 gràce à Bonnie and Clyde ou Point Blank ( les Nerfs à vifs).
La tendance des années 70 et 80 sublimera le gangster , l'anti-héros par exemple quitte à en faire un champions ,une sorte d'expression urbaine emblématique du hors la loi ( Le Parrain , Scarface...)
Les années 90, l'ère des Tarantino et Ritchie, a vu une explosion de nouveaux essais alliant surréalisme , humour et hémoglobine.Le genre contracte à chaque decennies les maux de son époque.

Les neuf oeuvres ci-dessous représentent chacune une décennie, et croyez bien qu'il m'a été difficile de choisir.Ces choix sont bien sûr personnels car la liste de tels films n'est pas exhaustive.






The Public Enemy ( l' ennemi public 1931) : William A. Wellman nous conte l'ascension fulgurante d'un bootlegger (James Cagney) et sa mort brutale, au temps de la Prohibition.The Public Enemy est le film le plus violent qu'on ait jamais vu à cette époque et une partie de cette violence est réelle. A l'époque, de vraies balles de mitrailleuses était utilisées. Cagney est alors un vrai dur au cinéma et le public, las de la dépression, se régale de tous ces films.  A Times Square, une foule jamais égalée se presse pour The Public Enemy , il en découle une émeute. Cagney et l'actrice principale Jean Harlow accéde du coup à la célébrité après la sortie du film, et ce succès a aidé à cimenter la position  de la Warner Brothers en temps que studio prédominant d 'Hollywood.



High Sierra ( la grande évasion 1941):  Humphrey Bogart obtient le rôle du gangster désabusé "Mad Dog" Roy Earle, après les défections de Paul Muni et George Raft, deux grandes stars de l'époque. Bogart, ami de John Huston a écrit le script, et sous la direction de Raoul Walsh (White Heat, The Roaring Twenties) il accéde avec ce rôle à la reconnaissance de ses pairs.
Après huit annnées d’incarcération, le braqueur de banque Roy Earle est libéré de prison. En quête de rédemption, il accepte néanmoins un dernier coup afin d’assurer ses vieux jours. La cible est le coffre d’un hôtel de luxe situé aux alentours de Los Angeles mais il éprouve un bon nombre de difficultés à souder son équipe en vue du casse : deux hommes au tempérament bien trempé et une jeune femme (Ida Lupino) à la beauté vénéneuse composent ce groupe en quête de richesses et d’aventures …
L'histoire tourne autour de Bogart et donne au gangster un ton mélodramatique, y ajoutant des éléments de romance et révélant les cicatrices psychologiques de ses personnages.




The Waterfront (Sur les quais 1954): Ce n'est pas forcément un film de gangster a proprement parlé ,mais le héros , malgré lui se retrouvera aux mains d'un syndicat aux méthodes peu recommendables .
Il est difficile de regarder Sur les quais sans le sortir complétement du contexte de l'époque , Elia Kazan ayant auparavant spontanément dénoncé un certain nombre de noms à la commission McCarthy. Sur les quais est incontestablement une tentative de justification de son geste puisqu’il montre un jeune docker (Marlon Brando ) qui, ayant pris part malgré lui à un meurtre organisé par son syndicat aux pratiques mafieuses, va aller en dénoncer les pratiques devant une commission. Tout engardant cela à l’esprit, il faut reconnaître que Sur les quais est un film puissant, porté par un Marlon Brando remarquable et torturé par sa conscience ; les scènes avec Eva Marie Saint ou encore sur les toits où il élève ses pigeons restent
dans les esprits.







Bonnie et Clyde (1967) : Ce film a su s'attirer la sympathie du public de la fin des Sixties , un public contestataire et anti-establishment d'ou sortit d'ailleurs une nouvelle génération de cinéastes qui volontairement mixait violence et sexualité . Arthur Penn revisite le mythe du gangster des années 30 en retraçant l'histoire de Clyde Barrow et Bonnie Parker, deux voleurs de banque mais aussi une figure du couple sensuel en marge de la loi. Un des premiers road-movie montrant la fuite en avant de ses personnages.Les acteurs Warren Beatty et Faye Dunaway recréent l'ère de la Grande Dépression comme une allégorie d'une journée agitée , avec des figures d'autorité perfides et corrompues et dénoncent l'effritement des institutions sociales.
Le couple défraya la chronique par leurs braquages audacieux et leurs meurtres sordides. Leur fuite effrénée poursuivi par toutes les forces de police du pays se terminera dans le sang.La fin, scandaleuse au yeux de l'establishment , fait du couple de gangsters des martyrs :




Black Caesar (1973): J'aurai pu vous citer Coppola et l'épopées du Parrain ( les deux premiers volets étant sortis dans les années 70) ou encore William Friedkin et sa French Connection.Mais on oublie souvent qu'un genre nouveau accoucha ces années-la de Bijoux du cinéma social et anti-conformiste grace à une communauté noire, longtemps délaissée des grands Studios.
Le sous-genre blaxploitation adapte sa propre vision du polars avec des classiques comme Shaft , Foxy Brown ou SuperFly en y mélangeant la culture noire de l'époque. Black Caesar, le Parrain de Harlem, de 1973, reprend le classique d' Edward G. Robinson de 1931.Il ne fait pas preuve d’une grande originalité sur l’écriture de ce script, puisqu’il reprend le canevas du Litlle Caesar.
Mais il transpose l’ascension irrésistible du voyou, des bars clandestins de la prohibition des années 30, aux quartiers noirs du New-York des années 70.
Le générique est composé par James Brown dont la complainte When You’re Down and Out in New York City parachève ce petit bijou qui mérite une place d’honneur dans l’histoire du cinéma policier :



Scarface ( 1983 ) : Inoubliable , monumental , impérrissable . Une oeuvre maîtresse avec un Al Pacino-Tony Montana , archétype même du gangster.
Grandeur et décadence d’un caïd. En 1980, petit truand cubain bénéficiant d’une amnistie du gouvernement de Fidel Castro, Tony debarque à Miami en quête de fortune et de gloire. Sans états d’âme, il devient un baron de la drogue redouté et détesté, mégalo et paranoïaque.
Remake d’un film d’Howard Hawks (1932) c'est peut être le meilleur film du genre.Et il est difficile dans ces conditions de faire de la prose sur ce qui constitue un classique du cinéma moderne. Jamais le gangster , amoral et sans vergogne n'a été autant sublimé.
De Palma sur un Scénario d'Oliver Stone y mêle adroitement violence crue, esthétisme baroque, et peinture au vitriol du rêve américain comme ces années 80 au règne le dollar , la désillusion des masses face aux crises , au chômage et à la misére galopante d'un état qui pour certaines couches s'apparente au tiers-monde.



The Goodfellas ( Les Affranchis 1990): Nous arrivons à la fin de l'ère Reagan et Scorsese nous offre cette saga audacieuse qui reste le chef-d'œuvre définitif de ce réalisateur et un classique du film de maffieu américain. Le film suit la vie du gangster Henry Hill (Ray Liotta, qui n'a jamais fait mieux)- comme si cette fiction était tirée d'une histoire vrai- et ses deux comparses Robert De Niro et Joe Pesci à travers plus de vingt-cinq ans d'assassinats, des trahisons, et de vengeance...La maffia comme idéal de vie...
Adolescent dans les années cinquante, il commence par travailler pour le compte de Paul Cicero et voue une grande admiration pour Jimmy Conway ( De Niro), qui a fait du détournement de camions sa grande spécialité. Lucide et ambitieux, il contribue au casse des entrepôts de l'aéroport d'Idlewild et épouse Karen, une jeune Juive qu'il trompe régulièrement. Mais son implication dans le trafic de drogue le fera plonger... Scorsese  a structurer son film autour du mouvement, y compris un certain nombre de coups arrêtés.Ce montage restera à jamais ancré dans la mémoire collective.


La fameuse scéne-culte ou la Famiglia fait la cuisine en prison :



Donnie Brasco (1997): Comme Les Affranchis, Mike Newell pose son drame dans le New York des années 70 et dépeint le monde maffieux.Et c'est à peu près là où s'arrêtent les similitudes. Le personnage principal (Johnny Depp) est un agent du FBI infiltré.IL y cotoie Lefty Ruggiero (Al Pacino) un gangster de seconde zone, vieillissant mais dont la vie tourne autour de la loyauté envers la famille. C'est un gangster fatigué qui a gâché sa vie et vit avec le poids des remords. Tous deux travaille pour Dominick "Sonny Black" Napolitano (Michael Madsen), l'anti-gangster classique.Aucun romantisme ce dégage de ce voyou brutal et sans cervelle , un chien enragé aux choix discutables.
Les gangsters ont la nostalgie d'une époque révolue et ressemble plus à une intimidante meute de loups qu'une bande organisée ( on arrive à piller les parc-mètres pour acheter de l'alcool). Le New York où ils vivent est sale, sent la fumée de cigarette , pollué et miséreux .On est loin de la grandeur et de la vision romantique de Scorsese.



Eastern Promises ( Les promesses de l'ombre 2007): les criminels romantiques sont difficiles à vendre dans l'Amérique de l'aprés 11 Septembre, et la majorité des films policiers de cette décennie empruntent autant à l'impressionniste Tarantino qu'au réaliste Scorcese. On se recentre plutôt sur le bon flic ou sur l'infiltration du système maffieux et sa corruption de l'intérieur.Le cinéma accouche de films d'ambiance , sombres et dépourvues de sensibleries et de romance.
Parmi les meilleurs d'entre eux , on trouve le sous-estimé Eastern Promises de David Cronenberg , une plongée percutante dans les méandres de la pieuvre russe de Londres.
Viggo Mortensen face à Naomi Watts dans une enquête sur le décès d'une victime de la traite des blanches de Russie, et le grand Armin Mueller-Stahl apparait comme un choix sans faille en tant que Parrain russe.Le film est ouvertement violent et Cronenberg habitué du fantastique et des horror-movie a gardé tout de même un art inné pour filmer cette violence et son impact psychologique sur ses personnages.

"Dans la Brume électrique " de Bertrand Tavernier d'aprés James Lee Burke

C'était un vrai pari que d'adapter au cinéma un roman de James Lee Burke, styliste du polar comparé pour son lyrisme aux grands de la littérature américaine et dont l'aura rayonne bien au-delà des frontières du genre. Ce défi, le Français Bertrand Tavernier l'a relevé pour sa première production américaine ( exercice difficile), en s'attaquant à l'un de ses livres les plus forts et les plus complexes, "Dans la brume électrique ".

L'intrigue fait resurgir un crime raciste d'un passé très récent, et se développe en spirale autour des traumatismes du flic Dave Robicheaux, rongé par l'alcool (...décidemment) et les remords, doué comme pas deux pour aimanter le Mal.

Dans la brume électrique est un roman policier américain, qui fait découvrir au lecteur ce personnage dense et profond, pétri d’humanité qu'est Robicheaux, mais aussi un coin des États-Unis chargé d’Histoire.
Région délimitée par trois points : New Iberia, Bâton Rouge, Lafayette et une société à deux couleurs, les Noirs, les Blancs, qui porte en elle les stigmates d’un passé violent entre esclavage et Guerre de Sécession.

L’intrigue policière est double . Au présent, avec la recherche d’un tueur psychopathe et sadique tendance charcutier d’épouvante, et au passé, trente-cinq ans auparavant, alors qu’il était encore étudiant, Dave Robicheaux a été témoin d’un crime : deux Blancs ont abattu un Noir dans les bayous. Le tout sur fond de tournage d’un film d’époque consacré à la Guerre de Sécession, en partie financé par Baby Feet Balboni ( John Goodman), mafioso du cru parti à La Nouvelle–Orléans, revenu pour le film et que Robicheaux connaît depuis l’enfance.

De retour chez lui après une investigation sur la scène d’un nouveau crime infâme, Dave fait la rencontre d’Elrod Sykes, l'acteur principal. Elrod raconte à Dave qu’il a vu, gisant dans un marais, le corps décomposé d’un homme noir enchaîné. Cette découverte fait rapidement resurgir des souvenirs du passé de Dave. Mais à mesure que Dave se rapproche du meurtrier, le meurtrier se rapproche de la famille de Dave...

Première impression forte : dans le rôle de Dave Robicheaux, Tommy Lee Jones apparaît comme une évidence,tant il exprime le malaise insondable du personnage.
L'acteur sait magistralement interprété les personnages qui s'interrogent ,tourmenté et torturé ( a voir impérativement ce fabuleux drame qu'est " Dans la vallée d'Elah ").Il n'a pas d'ailleurs a joué beaucoup tant sont visage , marqué, Est et Restera Robicheaux.

Les scènes où affleure ce mal-être sont aussi choc que celles où éclate sa violence contenue. Désormais, quand je lirai une enquête de Robicheaux, je ne pourrai m'empêcher de voir le visage et la silhouette de Tommy Lee Jones.

Deuxième réussite, et pas la plus accessible: le réalisateur a parfaitement restitué l'atmosphère poisseuse, le parfum de malédiction, l'horizon désespérement bouché de la Louisiane de Burke. La chaleur , l'humidité et une présence entêtante de paysages hybrides, entre ciel et terre, aux frontières brouillées par l’eau : océan, bayous, pluies.Une nature magnifique mais violente et dangereuse, comme les hommes.

D'autant qu'il a situé l'histoire de nos jours, en y intégrant les effets de l'ouragan Katrina.
Tavernier a sublimé le roman ,évoquant aussi les "femmes" de Robicheaux, sa compagne et sa fille, ou intégrant de vrais surprises, comme le personnage du vieux musicien noir Hogman Patin (interprêté par la star du blues Buddy Guy...choix trés judicieux).

 Le film se révèle très convaincant...et amenera j'en suis sur de nouveaux lecteurs à James Lee Burke

Un dernier verre avant la guerre de Dennis Lehane


Amis depuis l'enfance, Patrick Kenzie et Angela Gennaro sont détectives privés.Tous deux nés dans le quartier de Dorchester à Boston , ils ont grandi ensemble. Ils ont installé leur bureau dans le clocher d'une église Bostonnienne et enchaîne enquêtes, déboires sentimentaux et dettes.
Jusqu'au jour ou deux membres influents du sénat vont les engager pour une mission apparemment simple : retrouver une femme de ménage noire qui a disparu en emportant des documents confidentiels.
Rien de bien exceptionnel en apparence, les deux détectives retrouvent facilement sa trace .
Mais une fois la femme retrouvée, les deux detectives ont envie d’en savoir plus sur les documents que Jenna avoue avoir effectivement volés. C’est qu’elle les a volés au sénateur qui les tenait de son ex-mari, Marion Socia, chef de gang qui met la ville à feu et à sang dans sa guerre ouverte contre l’autre gang, celui de son fils Jerome. Et au milieu de tout ça, Jenna Angeline et ses photos, Jenna Angeline, la femme de ménage noire qui se fait assassiner sous leurs yeux.
Commence alors la véritable enquête sous fond de pouvoir , corruption et mafia.



Premier de la série qui voit apparaitre le duo de detective Kenzie et Gennaro, ce roman de Lehanne, moins difficile d’accès qu'un "Mystic River" ou d'un Shutter Island ( Magistral Scorcese au cinéma), nous offre au rythme d’une intrigue noire et sanglante un beau duo de personnage sachant manier humour et arme à feu ; comme dans ses autres romans l’aspect psychologique est trés présent et la peinture sociale est d’une grande authenticité.
Patrick Kenzie et Angela Gennaro est un duo aussi séduisant que meurtri. La qualité première de ces personnages est leur ancrage dans une réalité sociale palpable. Loin des héros de thrillers et des détectives cocasses de romans policiers, Pat et Angie s'intéressent aux secrets des autres pour oublier leurs propres cicatrices, maniant un humour à la fois irrésistible et désabusé, dernier rempart pour échapper à leurs démons, à la folie, à la mort. Lehane entoure ses protagonistes de personnages tantôt attachants, tantôt détestables, jouant sur les apparences trompeuses et les clichés du genre. Il développe également une richesse thématique poignante, de l'enfance traumatisée à la cohabitation raciale, fondement même de la société américaine.

Les lieux aussi offrent une atmosphère glauque et électrique ; Le Boston de Lehane peut vraiment rivaliser avec le Los Angeles d'Ellroy.
Ah, Boston! Son histoire, son architecture, sa culture, ses universités, ses écrivains (Nathaniel Hawthorne, Henry James, Edgar Allan Poe, entre autres) et... sa guerre des gangs! Oubliez toutes les images de carte postale que vous avez de cette ville. Dennis Lehane utilise sa cité natale au fil de ses romans comme décor à ses héros torturés. Dès ce premier roman, Un dernier verre avant la guerre, l'auteur fait de la capitale de la Nouvelle-Angleterre un personnage à part entière, une entité tantôt grouillante, tantôt désertique, qui recèle les secrets d'une Amérique bien propre et enfouit ce qui s'écrit au dos de la carte postale. On verra passer Boston, dans ce thriller, de l'aspect newyorkesque du downtown commercial empli de monde au décor post-apocalyptique des quartiers abandonnés, une ville où le soleil ne s'arrête jamais vraiment et où la pluie ne nettoie plus grand-chose.

On y découvre aussi ses milieux interlopes, des politiques corrompus aux méfaits racistes.Dennis Lehane dresse un constat accablant sur le racisme, les préjugés de toutes les communautés, la misère sociale et tout ce qu'elle peut entraîner. C'est autant un roman policier qu'un roman social. Cela fait penser à un autre écrivain américain George Pelecanos qui décrit aussi très précisément et justement les tensions raciales.

Si ce titre est bien le premier de la série, on a quand même l’impression de les prendre en route ces deux-là tellement ils sont installés, tellement ils ont déjà une histoire chargée derrière eux. C’est comme si on prenait le train en marche, en retrouvant des gens connus. Car ce Patrick Kenzie a un air de déjà-vu, héritier de toute la tradition hard boiled américaine, même s’il ne fume pas et n’est pas marié avec la bouteille ( rare pour le personnage principal du flic). Il a l’humour à froid et le don de la répartie et de la comparaison qui fait sourire :
« Il était devant quand nous sommes arrivés dans la rue, il mâchait une boulette de chewing-gum de la taille d’un poulet et faisait des bulles assez grosses pour repousser les passants au bord du trottoir.«

Mais il est surtout très abimé par la vie, par sa relation avec son père dont on lui parle toujours comme d’un exemple alors que c’était le dernier des salauds. Apparences, choses cachées, vies publiques… c’est dans ces eaux très troubles que Kenzie et Gennaro vont évoluer et dévoiler la face pourrie des politiciens, on s’en doutait.
Une intrigue qui démarre somme toute assez simplement avant de se complexifier. Lehane est un conteur hors-pair : les personnages, et les relations qu'ils entretiennent entre eux sont authentiques.
À la perfection d'intrigues particulièrement noires qui reflètent la dureté d'une grande ville américaine aujourd'hui, Lehane oppose souvent la légèreté d'un style d'écriture très ironique.
A découvrir ou à relire sans modération

Tokyo de Mo Hayder

A partir d’un fait historique survenu en 1937 à Nankin ( Chine) lors de la guerre sino-japonaire, Mo Hayder nous a écrit un vrai thriller efficace et glauque à souhait.
Grey, jeune anglaise au passé trouble débarque à Tokyo afin d'y retrouver un vieux professeur chinois, sensé être en possession d'un document historique unique sur ces massacres commis par l'armée japonaise.
 Mais le professeur refuse de discuter avec elle de cette question. Grey, qui a tout largué pour venir au Japon, doit essayer de subvenir à ses besoins. Elle devient hôtesse dans un club où elle fréquente un vieux yakusa, puissant et respecté. Cet homme, étrangement, va devenir son principal atout pour parvenir à ses fins : voir enfin le film des atrocités de Nankin, qui la hantent depuis qu'elle est petite...

Les deux personnages principaux de ce roman même une quête personnelle. Leur rencontre leur permettra à chacun de pouvoir la mener jusqu’au bout…
Le roman est construit dans le présent avec la vie et l’évolution de Grey depuis son arrivée à Tokyo et le journal de ce vieux professeur d’université, rescapé du massacre de Nankin. Journal qui relate certains évènements (vécus ou vus par lui) se déroulant à Nankin lors de ce terrible décembre 1937.

Le personnage de Grey, énigmatique, troublant, dérangeant (lourd passé psychiatrique, obsession pour le sexe, fascination pour les horreurs commises pendant la guerre) est très réussi, il intrigue et en même temps, émeut, quelque part.  J'ai adoré cette héroïne dont on comprend bien qu'elle a été internée mais sur laquelle on ne sais pas grand chose de plus.
Le passé de Grey, qui se dévoile très lentement, est mis en contrepoint avec sa quête présente, dans un Tokyo étrange, presque hors du temps. L'entremêlement du récit actuel et du journal du vieux chinois de Nankin est habilement réalisé, laissant entrevoir peu à peu une réalité inavouable, d'autant plus qu'elle repose sur des faits historiques réels...

Il y a aussi cette ambiance typique des écrivains japonais entre réalité, onirisme et fantastique et l'étrange  maison qui est presque un personnage du récit à part entière.
Le personnage de Jason est peut etre de trop.
Les horreurs de Nankin et de celle plus personnelle du vieux chinois suffisent largement à tenir ce roman en haleine.  Par contre, le personnage de la nurse est inquiétant aux possibles et confirme que quelles que soient les mafias, les armées, ou tout simplement les hommes, nous sommes capables des pires atrocités, au nom de quoi, je me le demande bien !

C'est un thriller non conventionnel qui vous embarque inexorablement vers une fin horrible et pressentie qui joue habilement avec l'imagination du lecteur., une ambiance étrange et glauque, des anti-héros, quelques faits historiques...

Il est des livres dans lesquels on se plonge instantanément, sans plus pouvoir m'arrêter. C'est assez rare et Tokyo est l'un de ceux là.
Un grand thriller, âmes sensibles s'abstenir...


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