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La Compagnie de Robert Littell

 
Voici la CIA comme on ne l'a jamais vue , son fonctionnement et  son évolution depuis la fin de la seconde guerre mondiale au
début des années 90 avec le putsch manqué contre Gorbatchev. La Compagnie est un roman d'espionnage passionnant, qui mêle habilement histoire et fiction...

Robert Littell, ancien reporter américain, est l'auteur de nombreux  romans ayant la guerre froide pour toile de fond. Avec La compagnie, il plonge dans cette période avec une fiction basée sur des faits historiques et articulée autour de personnages clés ayant chacun un rôle important, qui à la CIA, qui au KGB, qui au Mossad israélien...

L'auteur retrace 40 années de CIA en se référant à certains événements comme la révolution manquée à Budapest dans les
années 50, le tragique épisode de la Baie des Cochons à Cuba, ou encore les événements en Afghanistan dans les années 1980 où il mentionne déjà Oussama Ben Laden, alors peu connu du grand public.

Bref  une déscription exhaustive mais magnifiquement narré de ce milieu où tous les coups sont permis pour vaincre l’ennemi communiste, sur tous les champs de bataille du monde, jusqu’à la grande victoire finale dont personne ne doute.

 Le roman s'appuie sur les événements survenus dans la carrière d'illustres protagonistes du renseignement : Torriti dit le sorcier, Jack McAuliffe, Leo Kritzky, Elliot Ebbit, Wisner dit le Wiz, les présidents des Etats-Unis ( Kennedy et son frère, Nixon et Reagan ), Kroutchev, et même au hasard d’une page, un jeune colonel du KGB plein d’avenir prénommé Vladimir... ,un rabbin du Mossad, Starik ( le vieux en russe ) qui occupe un poste élevé au KGB, Evguéni Alexandrovitch ou encore Angleton, le patron du contre-espionnage de la CIA.

Allant du recrutement de certains d'entre eux, à la CIA ou au KGB des années 1950, jusqu'à leur reconversion à la fin du récit, le roman pointe les difficultés actuelles que rencontre la compagnie dans son recrutement de gens brillants qu'elle ne connaît pas, ou encore à fournir des renseignements précis vu les restrictions imposées par le Sénat…
Les relations humaines sont également mises en avant et amènent parfois certains à des choix contraires à la raison, comme lors de la préparation de l'opération contre Cuba ou de l'identification de taupes au sein de la CIA. On se surprend même à souhaiter l'innocence de personnages qu'on vient à juger attachants, malgré les accumulations de preuves.

Enfin, l'évolution des protagonistes d'après leur expérience dans la compagnie influence leurs comportements, leurs décisions et leur promotion, renforçant d'autant la crédibilité de l'histoire et l'intérêt du livre.

Et l' histoire est forte et vraisemblable. C'est un récit initiatique : Un agent nouvellement arrivé dans l'agence se retrouve sous les ordres de Harvey Torriti, nom de code "Le Sorcier", chef d’antenne de la CIA dans le Berlin d’après-guerre.
Son physique est assez éloigné des héros de Hollywood, il est obèse, violent, alcoolique, pas toujours courtois avec sa hiérarchie mais possède un sens du devoir et une foi en sa patrie irréprochables et se déplace dans ce monde obscur comme un poisson dans l’eau. Aucune ficelle ni aucun coup tordu n’ont de secrets pour lui.
Il va prendre en main le vrai héros du roman, Jack McAuliffe, nom de code "l’Apprenti Sorcier" et lui apprendre la dure vie d’espion.

Entre l'établissement d'opérations clandestines et la recherche de taupes, on ne s'ennuie guère dans ce roman sans longueurs. Les descriptions réalistes, le détail des opérations et les faits historiques sous-jacents étonnent le lecteur qu point de se demander où se situe la frontière entre fiction et réalité...
La paranoïa sur les agents doubles ou triples et l'ambiguïté sur les décisions de l'ennemi sont autant d'aspects particuliers du monde de l'espionnage à jalonner le récit et maintenir un certain rythme : qui doit-on promouvoir ? est-on sûr de ses intentions ? mais qui est la taupe ?

Bref, c'est un livre qui passionnera les amateurs comme les mordus de romans d'espionnage...

Les Saigneurs du Village de William judson



Vous allez comprendre que c'est plus un choix personnel qu'un conseil littéraire.

Pour résumer Georges Waddy , petit dealer sans envergure ,griévement bléssé , perd la mémoire et est recueilli par une mystérieuse jeune femme et échoue à Killman’s Landing , autrement surnommé Saigneville .
C'est un drôle de village ou quelques âmes damnées vivent en autarcie. Ces villageois austères qu’on pourrait confondre avec de gentils quakers écolos sont en réalité de redoutables tueurs, membres d’une organisation criminelle a la solde du FBI, de la CIA et du KGB.
Ce sont eux qui ont éliminé Jesse James, Martin Luther King, Robert Kennedy, l’ex roi Farouk, le pape Pie XII et même le général de Gaulle ( sic...et oui tout un programme !!!)

Dans ce village, les filles comme les garçons, à partir de douze ans, sont initiés aux armes à feu, aux technologies de pointe et à la pharmacologie.
Une fois rétabli, George Waddy épouse Pauline sa salvatrice et devient de ce fait membre de droit de la communauté. Il est alors prié de prononcer ses « vœux » qui feront de lui un tueur à gages chargé d’un premier contrat : éliminer l’attorney général des Etats-Unis. Mais rien ne va se passer comme prévu.

Je crois savoir qu'aussi loin que puisse remonter ma mémoire, ce bouquin est certainement le premier polar qu'il m'ait été donné de lire.

Trouvé par hasard chez mon grand père quand j'étais mome ( 8-9ans...enfin, c'est loin maintenant) et lu en cachette sous les draps la nuit à la lueur d'une loupiotte ou planqué au fond du gigantesque jardin à la faveur d'une tiéde journée d'automne , le regard inquiet et troublé oscillant de temps en temps et m'arrachant à ma lecture par peur du Pater Semper massif à la voix rauque et imposante .
L'ironie est que ce sentiment trouble de défiance envers l' Adulte Autorité a du me procurer un certain plaisir pour que ce souvenir aussi lointain soit-il refasse surface avec tant de détails....( sale môme...!!!)

Ce roman m'a hanté des nuits et m'a certainement fait perdre une partie de mes illusions d'enfant. A t'il d'ailleurs révélé ce gout du glauque et de l'obscur qui me fait apprécié les errances de cinéastes comme Ferrara et Lynch , ou le sordide accompli d'un Patrick Bateman( Ellis) ou d'un Ward Litell ( Ellroy) ??? C'est digne d'une analyse !!!
IL est vrai que sorti en 77 ,année punk , il s'apparente plus à un ovni ...Violent, sombre, désespéré et cynique mais aussi caustique et ma foi intemporel.

Redècouvert il y a peu au fond d'un carton dans le grenier de cette vieille batisse mayennaise qui fait office d'auberge -lits et couverts - aux membres de ma famille , j'y ai réplongé avec délectation un oeil plus mur et plus endurci.

Il est vrai que l'écriture fluide tient plus d'un roman de gare que d'un Mailer, que les personnages caricaturaux semblent tout droit tirés d'un comicbook , qu' invraisemblances, anachronismes et grosses ficelles sont aux rendez-vous, la trame n'ayant pas forcemment été bien réfléchie et que malheureusement, les quelques et rares personnages féminins font faire-valoirs à des scènes érotiques téléguidées.

Mais il faut qu'absolument que je remercie ce William Judson de m'avoir fait apprécier le roman policier ( au risque d'une bonne trempe méritée)...
Mais surtout d'avoir certainement contribué à ce gout immodéré pour la lecture qui m'a transformé en dévoreur de pages.
Et depuis je mache , j'avale, ingurgite parfois regurgite, lignes encrées et pages cornées.
On reconnait en soi le toxicomane incurable lorqu' on en arrive à humer l'odeur de l'encre neuve et à en prendre du plaisir...
Certains se reconnaitront certainement....


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