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Maffieux, Truands et hommes de main. Neuf Classiques du polars pour neuf décades représentatives de l'évolution du gangster au cinéma.




Le film de gangster a su évoluer à travers les decennies, la dynamique restant cependant intemporelle mais adaptée à la perception qu'en a eu le public ,du criminel et de la criminalité en général.
A l'origine ,le genre débute difficilement dans les années 30, années noires de la prohibition. Il diminue ostensiblement lorsqu' augmente la prospérité des ménages aprés la Seconde Guerre mondiale, laissant place aux comédies ( musicales , entre autre, en pleine expansion ), aux drames sentimentaux ,et aux films policiers classiques mettant en scene détectives ,espions et femmes fatales des Fifties...
Le film de gangster a rebondi dans la tourmente sociale des années 60 gràce à Bonnie and Clyde ou Point Blank ( les Nerfs à vifs).
La tendance des années 70 et 80 sublimera le gangster , l'anti-héros par exemple quitte à en faire un champions ,une sorte d'expression urbaine emblématique du hors la loi ( Le Parrain , Scarface...)
Les années 90, l'ère des Tarantino et Ritchie, a vu une explosion de nouveaux essais alliant surréalisme , humour et hémoglobine.Le genre contracte à chaque decennies les maux de son époque.

Les neuf oeuvres ci-dessous représentent chacune une décennie, et croyez bien qu'il m'a été difficile de choisir.Ces choix sont bien sûr personnels car la liste de tels films n'est pas exhaustive.






The Public Enemy ( l' ennemi public 1931) : William A. Wellman nous conte l'ascension fulgurante d'un bootlegger (James Cagney) et sa mort brutale, au temps de la Prohibition.The Public Enemy est le film le plus violent qu'on ait jamais vu à cette époque et une partie de cette violence est réelle. A l'époque, de vraies balles de mitrailleuses était utilisées. Cagney est alors un vrai dur au cinéma et le public, las de la dépression, se régale de tous ces films.  A Times Square, une foule jamais égalée se presse pour The Public Enemy , il en découle une émeute. Cagney et l'actrice principale Jean Harlow accéde du coup à la célébrité après la sortie du film, et ce succès a aidé à cimenter la position  de la Warner Brothers en temps que studio prédominant d 'Hollywood.



High Sierra ( la grande évasion 1941):  Humphrey Bogart obtient le rôle du gangster désabusé "Mad Dog" Roy Earle, après les défections de Paul Muni et George Raft, deux grandes stars de l'époque. Bogart, ami de John Huston a écrit le script, et sous la direction de Raoul Walsh (White Heat, The Roaring Twenties) il accéde avec ce rôle à la reconnaissance de ses pairs.
Après huit annnées d’incarcération, le braqueur de banque Roy Earle est libéré de prison. En quête de rédemption, il accepte néanmoins un dernier coup afin d’assurer ses vieux jours. La cible est le coffre d’un hôtel de luxe situé aux alentours de Los Angeles mais il éprouve un bon nombre de difficultés à souder son équipe en vue du casse : deux hommes au tempérament bien trempé et une jeune femme (Ida Lupino) à la beauté vénéneuse composent ce groupe en quête de richesses et d’aventures …
L'histoire tourne autour de Bogart et donne au gangster un ton mélodramatique, y ajoutant des éléments de romance et révélant les cicatrices psychologiques de ses personnages.




The Waterfront (Sur les quais 1954): Ce n'est pas forcément un film de gangster a proprement parlé ,mais le héros , malgré lui se retrouvera aux mains d'un syndicat aux méthodes peu recommendables .
Il est difficile de regarder Sur les quais sans le sortir complétement du contexte de l'époque , Elia Kazan ayant auparavant spontanément dénoncé un certain nombre de noms à la commission McCarthy. Sur les quais est incontestablement une tentative de justification de son geste puisqu’il montre un jeune docker (Marlon Brando ) qui, ayant pris part malgré lui à un meurtre organisé par son syndicat aux pratiques mafieuses, va aller en dénoncer les pratiques devant une commission. Tout engardant cela à l’esprit, il faut reconnaître que Sur les quais est un film puissant, porté par un Marlon Brando remarquable et torturé par sa conscience ; les scènes avec Eva Marie Saint ou encore sur les toits où il élève ses pigeons restent
dans les esprits.







Bonnie et Clyde (1967) : Ce film a su s'attirer la sympathie du public de la fin des Sixties , un public contestataire et anti-establishment d'ou sortit d'ailleurs une nouvelle génération de cinéastes qui volontairement mixait violence et sexualité . Arthur Penn revisite le mythe du gangster des années 30 en retraçant l'histoire de Clyde Barrow et Bonnie Parker, deux voleurs de banque mais aussi une figure du couple sensuel en marge de la loi. Un des premiers road-movie montrant la fuite en avant de ses personnages.Les acteurs Warren Beatty et Faye Dunaway recréent l'ère de la Grande Dépression comme une allégorie d'une journée agitée , avec des figures d'autorité perfides et corrompues et dénoncent l'effritement des institutions sociales.
Le couple défraya la chronique par leurs braquages audacieux et leurs meurtres sordides. Leur fuite effrénée poursuivi par toutes les forces de police du pays se terminera dans le sang.La fin, scandaleuse au yeux de l'establishment , fait du couple de gangsters des martyrs :




Black Caesar (1973): J'aurai pu vous citer Coppola et l'épopées du Parrain ( les deux premiers volets étant sortis dans les années 70) ou encore William Friedkin et sa French Connection.Mais on oublie souvent qu'un genre nouveau accoucha ces années-la de Bijoux du cinéma social et anti-conformiste grace à une communauté noire, longtemps délaissée des grands Studios.
Le sous-genre blaxploitation adapte sa propre vision du polars avec des classiques comme Shaft , Foxy Brown ou SuperFly en y mélangeant la culture noire de l'époque. Black Caesar, le Parrain de Harlem, de 1973, reprend le classique d' Edward G. Robinson de 1931.Il ne fait pas preuve d’une grande originalité sur l’écriture de ce script, puisqu’il reprend le canevas du Litlle Caesar.
Mais il transpose l’ascension irrésistible du voyou, des bars clandestins de la prohibition des années 30, aux quartiers noirs du New-York des années 70.
Le générique est composé par James Brown dont la complainte When You’re Down and Out in New York City parachève ce petit bijou qui mérite une place d’honneur dans l’histoire du cinéma policier :



Scarface ( 1983 ) : Inoubliable , monumental , impérrissable . Une oeuvre maîtresse avec un Al Pacino-Tony Montana , archétype même du gangster.
Grandeur et décadence d’un caïd. En 1980, petit truand cubain bénéficiant d’une amnistie du gouvernement de Fidel Castro, Tony debarque à Miami en quête de fortune et de gloire. Sans états d’âme, il devient un baron de la drogue redouté et détesté, mégalo et paranoïaque.
Remake d’un film d’Howard Hawks (1932) c'est peut être le meilleur film du genre.Et il est difficile dans ces conditions de faire de la prose sur ce qui constitue un classique du cinéma moderne. Jamais le gangster , amoral et sans vergogne n'a été autant sublimé.
De Palma sur un Scénario d'Oliver Stone y mêle adroitement violence crue, esthétisme baroque, et peinture au vitriol du rêve américain comme ces années 80 au règne le dollar , la désillusion des masses face aux crises , au chômage et à la misére galopante d'un état qui pour certaines couches s'apparente au tiers-monde.



The Goodfellas ( Les Affranchis 1990): Nous arrivons à la fin de l'ère Reagan et Scorsese nous offre cette saga audacieuse qui reste le chef-d'œuvre définitif de ce réalisateur et un classique du film de maffieu américain. Le film suit la vie du gangster Henry Hill (Ray Liotta, qui n'a jamais fait mieux)- comme si cette fiction était tirée d'une histoire vrai- et ses deux comparses Robert De Niro et Joe Pesci à travers plus de vingt-cinq ans d'assassinats, des trahisons, et de vengeance...La maffia comme idéal de vie...
Adolescent dans les années cinquante, il commence par travailler pour le compte de Paul Cicero et voue une grande admiration pour Jimmy Conway ( De Niro), qui a fait du détournement de camions sa grande spécialité. Lucide et ambitieux, il contribue au casse des entrepôts de l'aéroport d'Idlewild et épouse Karen, une jeune Juive qu'il trompe régulièrement. Mais son implication dans le trafic de drogue le fera plonger... Scorsese  a structurer son film autour du mouvement, y compris un certain nombre de coups arrêtés.Ce montage restera à jamais ancré dans la mémoire collective.


La fameuse scéne-culte ou la Famiglia fait la cuisine en prison :



Donnie Brasco (1997): Comme Les Affranchis, Mike Newell pose son drame dans le New York des années 70 et dépeint le monde maffieux.Et c'est à peu près là où s'arrêtent les similitudes. Le personnage principal (Johnny Depp) est un agent du FBI infiltré.IL y cotoie Lefty Ruggiero (Al Pacino) un gangster de seconde zone, vieillissant mais dont la vie tourne autour de la loyauté envers la famille. C'est un gangster fatigué qui a gâché sa vie et vit avec le poids des remords. Tous deux travaille pour Dominick "Sonny Black" Napolitano (Michael Madsen), l'anti-gangster classique.Aucun romantisme ce dégage de ce voyou brutal et sans cervelle , un chien enragé aux choix discutables.
Les gangsters ont la nostalgie d'une époque révolue et ressemble plus à une intimidante meute de loups qu'une bande organisée ( on arrive à piller les parc-mètres pour acheter de l'alcool). Le New York où ils vivent est sale, sent la fumée de cigarette , pollué et miséreux .On est loin de la grandeur et de la vision romantique de Scorsese.



Eastern Promises ( Les promesses de l'ombre 2007): les criminels romantiques sont difficiles à vendre dans l'Amérique de l'aprés 11 Septembre, et la majorité des films policiers de cette décennie empruntent autant à l'impressionniste Tarantino qu'au réaliste Scorcese. On se recentre plutôt sur le bon flic ou sur l'infiltration du système maffieux et sa corruption de l'intérieur.Le cinéma accouche de films d'ambiance , sombres et dépourvues de sensibleries et de romance.
Parmi les meilleurs d'entre eux , on trouve le sous-estimé Eastern Promises de David Cronenberg , une plongée percutante dans les méandres de la pieuvre russe de Londres.
Viggo Mortensen face à Naomi Watts dans une enquête sur le décès d'une victime de la traite des blanches de Russie, et le grand Armin Mueller-Stahl apparait comme un choix sans faille en tant que Parrain russe.Le film est ouvertement violent et Cronenberg habitué du fantastique et des horror-movie a gardé tout de même un art inné pour filmer cette violence et son impact psychologique sur ses personnages.

Dashiell Hammett - Romans




S'il y a un précurseur du roman noir américain, c'est bien Dashiell Hammett .
Fondateur de la Hard boiled school – littéralement "école des durs à cuire", Il est aujourd'hui considéré comme un des maîtres du polar.
Ces héros sont ainsi des gangsters, des récidivistes, des hommes de la pègre; les femmes se classent elles en deux catégories bien distinctes : les vertueuses et les prostituées.

Hammett nous entraîne dans les bas fonds de la société où corruption, détournement des lois, trahison et meurtre sont monnaie courante.
Il l'a connait bien cette rue puisqu' il fut lui même détective privé à la Pinkerton Agency. Il fut plus exactement chargé de filatures ce qui lui permit de faire l’expérience de l' enquête de terrain mais aussi de recevoir quelques mauvais coups avant de se retirer , atteint de Tuberculose.
Désoeuvré, il découvre les premières revues pulp, et décide de tenter l'aventure et ses première nouvelles, lui valent très vite le succès.

Ce recueil proposé par les éditions Gallimard réunit les cinq premiers romans de cet auteur.

Ici le roman noir pose son regard acerbe sur les travers de la société, qui se trouvent dans toutes ses classes. Les personnages, s'il ne sont peut-être pas parmi les plus recommandables de la ville, mais ont une certaine morale en eux. Ils ne sont pas parfaits, c'est peut-être tout simplement parce que les personnages de notre auteur sont des gens que nous pourrions croiser tous les jours. Et puis, dans certains romans, cette vulgarisation du héros, aide à brouiller les pistes pour le lecteur qui cherche à dénouer l'intrigue.
C'est a cela qu' Hammett se distingue des autres. On est bien loin ici des enquêtes à énigmes classiques que l'on trouve chez Doyle, Christie, Gaboriau ou Leblanc

Reste Une littérature populaire dans toute sa splendeur : descriptions à traits rapides, efficaces, action menée avec beaucoup de rythme.
Les dialogues sont riches et c'est un des points forts du style de Dashiell Hammett car les répliques ne souffrent pas de mot inutile. Elles suffisent à exprimer la gravité d'une situation et n'égarent pas le lecteur.

C'est son premier roman, " Moisson rouge ", qui fit de lui un écrivain vraiment populaire.
Dès son arrivée à Poisonville, le détective de l’agence Continental de San Francisco constate d’abord que le client qui l’a fait appeler vient d’être abattu, ensuite que la ville entière est aux mains d’une bande de gangsters.
Pour assainir le bled, avec l’aide involontaire de Dinah Brand, courtisane locale , il met au point une méthode infaillible : dresser les truands les uns contre les autres jusqu’à élimination totale.

"La clé de verre" a pour fond le pouvoir.
Ned Beaumont est le meilleur ami de Paul Madvig, un homme très influent de la ville qui aide le sénateur Henry à se faire réélire. Paul Madvig espère épouser Janet Henry mais le fils du sénateur, est retrouvé assassiné.
Tout accuse Madvig et Beaumont est probablement le seul de la ville qui ne croit pas en sa culpabilité et tente de retrouver le coupable à sa façon...
A noter que Beaumont n'est pas un policier, c'est un joueur ...poker, courses...Coup de bluff, décisions prises suivant les règles du hasard façon roulette russe : Il se désintéresse au départ de savoir qui a bien pu avoir assassiné Taylor Henry.
Ce qui semble alors plus l'intéresser est de récupérer son argent auprès du bookmaker récalcitrant en usant de chantage. Ce ne sera que lorsque les évènements se précipiteront que Beaumont se mettra alors à la recherche du coupable.

Le faucon maltais immortalisé au Cinéma par Humphrey Bogart ( Sam Spade)  est certainement son roman le plus connu.
Après le meurtre de son partenaire, Sam Spade, un détective privé cynique et violent, est entraîné à la recherche d'une inestimable statuette.
Spade et son associé Miles Archer sont contactés par Brigid O'Shaughnessy (qui utilise alors un pseudonyme) pour réaliser une filature sur un homme qui est supposé avoir fui avec sa jeune sœur. Elle paraît innocente, tirée à quatre épingles, comme une sage jeune fille et l'accord est conclu. Cette nuit là Spade reçoit un coup de fil de sa secrétaire, Effie, qui lui apprend qu'Archer a été tué en filature. Au milieu de la nuit, deux officiers de police rendent visite à Spade pour l'interroger sur son emploi du temps des dernières heures. Spade est sur la défensive et les questionne sur l'objet réel de leur visite ...Il est suspecté...


N'oublions pas Sang maudit et l'introuvable bien moins connus mais qui n'en sont pas moins interressants.,
C'est très différent de ce qu'on retrouve dans les polars d'aujourd'hui dans le sens qu'on ne voit pas le schéma suivi par tant d'auteurs.Mais pour moi c'est un grand moment d'histoire.

Innercity blues d' Ammari-B et Brüno


Inner City, côte Est des Etats-Unis, septembre 1972. Huggy les bons tuyaux , John Shaft et Foxy brown sont de sortie !!!!
Les deux frères Arnold et Willie, sont des petits malfrats et voleurs de bagnoles qui évoluent dans le ghetto black.
Suite à une gaffe - ils volent la voiture de Yaphet Kotto, un grand ponte de la mafia régnant sur la ville- ils se voient offrir un boulot pour lui.
Ils lui sont sont redevables, et doivent exécuter une sale besogne pour Kotto. Dès lors qu'ils intégrent le gang, ils vont progressivement gravir les échelons de l’organisation. De
contrats en coups de main, les deux frères font une entrée remarquée dans la pègre d'Inner City .Ils vont manier des gros flingues, toucher beaucoup d argent, devenir des caïds, et bien sûr, devoir faire régulièrement couler le sang...
Ils ne comptent même plus les cadavres qu’ils laissent derrière eux.
Mais tout basculera dés lors qu on leur confie un gros coup : acheter une grosse quantité de drogue à un dénommé Priest, redoutable truand indépendant...

Bienvenue en pleine blaxploitation : l’ambiance qui règne ici, c’est Marvin Gaye, «Foxy Brown», la «Tamla Motown», la boxe, le jazz, les quartiers blacks, la drogue...
L'ambiance seventies de cet album est tout simplement exquise, entre soul music, design rétro et séries kitsh, nos deux compères évoluent dans un univers plein de couleurs flashy, de drogues psychédelliques et de filles sexy.

Au départ cette série ne m'avais pas fait flashé à cause de son dessin très original donc et un graphisme hors norme.. Cependant il faut bien avouer qu'après lecture le scénario de Fatima Ammari est bien ficelé, bien développée, avec des personnages intéressants et le dessin de Brüno va vraiment bien et apporte une touche d'originalité notamment au niveau de l'ambiance créée. Le trait épuré et tout en rondeur est un vrai régal, er est servit par une colorisation impeccable et un environnement qui lui sied à merveille.Son trait est sûr, net et brutal comme peut l'être le récit dans une Amérique ou "violence" rime avec "quotidien". C'est un vrai régal de voir les tribulations des deux frangins.

Nostalgiques des coupes "afro" et des chemises à col pointu, sautez sur l'occasion pour vous replonger dans vos souvenirs.Tout ici est seventies ! Des couvertures pétantes aux ambiances musicales omniprésentes.On croirait parfois entendre Sly Stone ou isaac Hayes.

Cette série fonctionne sur le principe de l'alternance, chaque album mettant en scène différents protagonistes dans le même espace temps puisque c'est Pries , sortant de prison qui est narré dans le second tome
Les gentils et honnêtes héros ont le bon goût de ne pas apparaître, ce qui renforce l'authenticité et l'intérêt de cette série 100% blaxploitation. On ne peut s'empêcher de sentir l'ombre de Tarentino dans sa période "Jackie Brown", cela sent bon le souffre, la luxure et contrairement aux apparences, c'est bien le noir qui est la couleur dominante ici !

Pimp d' Iceberg Slim


Pas de détective privé ici ni de crime sanglant, pas de tueur en série en cavale ni d'inspecteur alcoolique ou flegmatique mais une authentique tranche de vie, une confession noire, brutale et implacable. 
Ca nous change de la fiction car ici la réalité est vraiment sordide.
Pimp, c'est la vie d'un mac racontée par le roi des macs, Robert Beck alias Iceberg Slim. 


Né à Chicago en 1918. Son père l'abandonne, sa mère le couve, aucun des deux ne sera un modèle d'honnêteté, particulièrement l'un envers l'autre. Voila les principales raisons qu'il avancera quant à ce qui aura décidé de son choix de vie . Jeune paumé de Milwaukee, il n'a qu'un rêve: devenir le plus grand mac des États-Unis. 

De 1940 à 1960, il est Iceberg Slim, patron d'un harem et maître du pavé de Chicago. Une superbe Cadillac, des costards sur mesure et de la cocaïne plein les poches, impitoyable et accro , il est toujours à la recherche d'une proie à envoyer sur le trottoir.

Pimp est un grand livre mais sa lecture nécessite un petit mais non négligeable avertissement : nombre de propos et faits évoqués dans ses pages sont révoltants.
Emprunt d'un machisme époustouflant , ce roman d'une vulgarité étonnant n'est pas à mettre dans toutes les mains. L'écriture ne s’embarasse pas de fioritures, c’est l’expérience de la rue mise en mots de la façon la plus brute et directe qui soit. 


Iceberg Slim les assume et n'en tire aucune gloire. « Le mac est le salopard le plus seul de la terre », nous dit-il avant de tomber le masque et de nous inviter à découvrir son visage le plus intime : celui d'un gamin plongé dans la violence et qui aura mis toute une vie d'homme à retrouver le chemin du bien et de la paix.

Attirance, fascination, dégoût et écoeurement, c'est un peu tous ces sentiments à la fois qui affleurent à la lecture de cette biographie et le pire étant qu’on n’arrive même pas a
détester ce jeune type qui veut devenir quelqu’un, toucher plein d’argent, et à qui ça ne traverse pas l’esprit qu’il y a peut être d’autres moyens.
Ou peut être que comme il le dit lui même, il n’y a pas beaucoup d’autres solutions quand tu es noir et pauvre. Quitte à finir sa vie en prison , il faut savoir la vivre !

Ce livre devenu culte est un document vrai sur les bas-fonds de l'Amérique et tout ici transpire sueur, sexe et violence. Un récit en connexion directe avec le trottoir et ses sales histoires, sans compassion.

Mitch Davis, Ryan Drexler, Andrew Left et Rob Weiss, scénaristes et producteurs de la série Entourage, ont obtenu les droits de l'autobiographie et en tout cas sont décidés de prendre
le risque à retranscrire cette ambiance sur grand écran.
Le livre publié en 1969, en pleine période bouleversements sociaux,sera adapté au cinéma en 2010. Reste à savoir l'acteur qui saura incarner le célèbre proxénète.

Denzel Wahington qui avait déja interprété un mémorable Malcolm X est fortement préssenti.

Zulu de Caryl Ferey


Nous suivons ici une équipe de la Brigade des Homicides du Cap, en Afrique du Sud, menée par Ali Neuman,chef de la police criminelle, un zoulou traumatisé par les années d’apartheid.
Enfant, il a vu sa famille se faire massacrer et a fui avec sa mère le KwaZulu en proie aux rivalités entre Inkhata et A.N.C.
Jusqu'au jour où alors qu'il enquête sur une agression dont a été victime sa mère, le corps atrocement mutilé de la fille d'un ex-champion du monde de rugby est retrouvé dans un jardin
botanique.
Neuman va alors enquêter aves ses adjoints, Brian Epkeen et Dan Fletcher.
Epkeen, son bras droit, un Afrikaner dur à cuire, vit sa vie comme une course de bolides. Fletcher, le jeune bleu, tente de cacher sa peur face à la violence à laquelle il est confronté tous les jours en sillonnant les ghettos de la vil

Ce thriller est dense, violent. Le rythme ne baisse jamais et monte à certains moments d'un seul coup, sans qu'on le voie venir.On ne sort pas indemne de ce roman.

C'est un roman complexe ou les personnages sont tous attachants malgré un quotidien sombre et sans espoir...et pour le coup, les criminels sont vraiment méchants, plein de haine... à faire froid dans le dos!

En ce qui concerne le milieu social, politique, culturel et économique,l'Afrique du Sud est un élément important pour ce qui va être dit, contrairement à ce qu'il va se passer.
La gageure, pour le gouvernement post apartheid, est de donner du pays l’image d’une nation réconciliée, apaisée…
Pari difficile, voire quasi impossible, en cette année 2007, qui voit les statistiques de la délinquance culminer à des sommets jamais atteints, le taux de pauvreté n’ayant rien à leur envier… : « La première démocratie d’Afrique est devenue le pays le plus dangereux du monde ».
Drogue, guerre des gangs, trafic d’armes, sida…, les fléaux qui déciment la population des townships se comptent par dizaines, les premières victimes en étant les enfants.
La guerre est omniprésente, guerre entre gang surtout.
Et On tue pour un rien, on promet pour mettre une balle dans le dos. On injecte des virus aux enfants des rues parce que, qui va s'en apercevoir ??

Ajoutez à cela la ténacité des rancunes opposant non seulement noirs et blancs, mais aussi les ex-membres des diverses factions plus ou moins extrémistes qui, du temps de l’apartheid, luttaient les unes contres les autres, et vous aurez, peut-être, une petite idée de la morosité, du pessimisme qui se dégagent du dernier roman de Caryl Férey, « Zulu ».

C'est donc un polar très intéressant, tant du point de vue de la forme que du fond économico-culturel ou du fond de l'histoire !
Les coups de poignards existe bel et bien dans ce polar mais pour moi, Caryl Férey en donne tout du long de l'histoire. En pointant du doigt sur les violences qui sévissent encore, sur la pauvreté, sur les "vieux ennemis qui agissent toujours dans l'ombre de la réconciliation nationale" (couv), et sur la tournure des évènements.

Zulu est à lire absolument ...Certains ne se sont pas trompés puisqu'il a obtenu huit prix en 2009 dont le Grand Prix de Littérature Policière et est d'ailleurs en cours d’adaptation pour le cinéma.

Les Saigneurs du Village de William judson



Vous allez comprendre que c'est plus un choix personnel qu'un conseil littéraire.

Pour résumer Georges Waddy , petit dealer sans envergure ,griévement bléssé , perd la mémoire et est recueilli par une mystérieuse jeune femme et échoue à Killman’s Landing , autrement surnommé Saigneville .
C'est un drôle de village ou quelques âmes damnées vivent en autarcie. Ces villageois austères qu’on pourrait confondre avec de gentils quakers écolos sont en réalité de redoutables tueurs, membres d’une organisation criminelle a la solde du FBI, de la CIA et du KGB.
Ce sont eux qui ont éliminé Jesse James, Martin Luther King, Robert Kennedy, l’ex roi Farouk, le pape Pie XII et même le général de Gaulle ( sic...et oui tout un programme !!!)

Dans ce village, les filles comme les garçons, à partir de douze ans, sont initiés aux armes à feu, aux technologies de pointe et à la pharmacologie.
Une fois rétabli, George Waddy épouse Pauline sa salvatrice et devient de ce fait membre de droit de la communauté. Il est alors prié de prononcer ses « vœux » qui feront de lui un tueur à gages chargé d’un premier contrat : éliminer l’attorney général des Etats-Unis. Mais rien ne va se passer comme prévu.

Je crois savoir qu'aussi loin que puisse remonter ma mémoire, ce bouquin est certainement le premier polar qu'il m'ait été donné de lire.

Trouvé par hasard chez mon grand père quand j'étais mome ( 8-9ans...enfin, c'est loin maintenant) et lu en cachette sous les draps la nuit à la lueur d'une loupiotte ou planqué au fond du gigantesque jardin à la faveur d'une tiéde journée d'automne , le regard inquiet et troublé oscillant de temps en temps et m'arrachant à ma lecture par peur du Pater Semper massif à la voix rauque et imposante .
L'ironie est que ce sentiment trouble de défiance envers l' Adulte Autorité a du me procurer un certain plaisir pour que ce souvenir aussi lointain soit-il refasse surface avec tant de détails....( sale môme...!!!)

Ce roman m'a hanté des nuits et m'a certainement fait perdre une partie de mes illusions d'enfant. A t'il d'ailleurs révélé ce gout du glauque et de l'obscur qui me fait apprécié les errances de cinéastes comme Ferrara et Lynch , ou le sordide accompli d'un Patrick Bateman( Ellis) ou d'un Ward Litell ( Ellroy) ??? C'est digne d'une analyse !!!
IL est vrai que sorti en 77 ,année punk , il s'apparente plus à un ovni ...Violent, sombre, désespéré et cynique mais aussi caustique et ma foi intemporel.

Redècouvert il y a peu au fond d'un carton dans le grenier de cette vieille batisse mayennaise qui fait office d'auberge -lits et couverts - aux membres de ma famille , j'y ai réplongé avec délectation un oeil plus mur et plus endurci.

Il est vrai que l'écriture fluide tient plus d'un roman de gare que d'un Mailer, que les personnages caricaturaux semblent tout droit tirés d'un comicbook , qu' invraisemblances, anachronismes et grosses ficelles sont aux rendez-vous, la trame n'ayant pas forcemment été bien réfléchie et que malheureusement, les quelques et rares personnages féminins font faire-valoirs à des scènes érotiques téléguidées.

Mais il faut qu'absolument que je remercie ce William Judson de m'avoir fait apprécier le roman policier ( au risque d'une bonne trempe méritée)...
Mais surtout d'avoir certainement contribué à ce gout immodéré pour la lecture qui m'a transformé en dévoreur de pages.
Et depuis je mache , j'avale, ingurgite parfois regurgite, lignes encrées et pages cornées.
On reconnait en soi le toxicomane incurable lorqu' on en arrive à humer l'odeur de l'encre neuve et à en prendre du plaisir...
Certains se reconnaitront certainement....

Pierre qui Roule de Lax d'aprés Westlake


Juin 1969. New York. John Dortmunder sort de prison après avoir purgé une peine de quatre années. A la sortie, l’attend son vieil ami et complice Andy Kelp qui lui parle déjà d’un nouveau nouveau coup qui peut leur rapporter pas mal d'argent. Son commanditaire est le major Iko, ambassadeur du Talabwo. Celui-ci voudrait qu’il récupère une émeraude sacrée appartenant à un pays rival– valant la modique somme d'un demi-million de dollars –.

Une équipe est rapidement mise en place : Roger Chefwick le serrurier, Stan Murch le conducteur et Alan Greenwood l’homme à tout faire. L’objectif se trouve dans un musée, le plan se met en branle : Andy marche tranquillement devant l’une des entrées et fait mine de s’évanouir. Le garde le voyant se précipite pour l’aider mais le voyou le braque. Plus loin, Stan lance une voiture contenant une grenade incendiaire contre la porte principale et occupe les gardes en leur disant que la direction s’est bloquée.
Alan, John et Roger sont maintenant à l’intérieur et essaie de sortir l’émeraude de sa prison de verre. Or, à peine ont-ils réussi, qu’une alarme retentit. John donne la pierre précieuse à Alan et somme à tous de se disperser. Seulement Greenwood se fait prendre…
Le casse, par malchance, ne va pas se dérouler comme prévu...

Christian Lax retrouve ses crayons et ses pinceaux et nous plonge avec ses planches au coloris plutôt sombre dans l'univers du polar nous faisant découvrir graphiquement un maître du genre , Donald Westlake.

Initialement paru en 1970, Pierre qui roule raconte le parcours d’un ancien taulard qui essaie de mettre la main sur une émeraude, et qui doit pour cela faire preuve de patience et d’ingéniosité. Lax réussit avec talent (comme d’habitude) à nous narrer les méfaits de ce casseur looser, sans oublier un humour bienvenu.
Les confrontations entre le major Iko et John prêtent à rire, l’ambassadeur africain étant très exubérant. On s’amuse aussi de voir l’addition de plus en plus salée pour ce dernier…
Si le roman est plutôt bien adapté, l’ambiance « année 70 » est bien rendue, les ellipses se font peut être un peu trop ressentir .Mais ceci n'est pas préjudiciable puisque les planches sont toujours aussi impressionnantes, la colorisation est assez sombre et l’effet gouaché est très réussi.

Dans Pierre qui roule, nous faisons ainsi la connaissance de l'un ses personnages récurrents, un cambrioleur un tantinet malchanceux, John Dortmunder...
C' est un personnage extrêmement attachant, un loser sympathique, malchanceux mais prenant les choses avec circonspection. Chaque livre le mettant en scène est un véritable régal et met toujours de très bonne humeur.

Et puis l'équipe réunit ces bras cassés déja rencontrés auparavant et qui seront aussi récurrents dans les romans futurs de Westlake, dont Andy Kelp, l'enthousiaste permanent qui fatigue tout le monde par ses bavardages ,Stan March le driveur obsédé par ses itinéraires et leurs minutages, et Roger Chefwick le roi des crocheteurs amoureux des chemins de fer.

Ce roman a d'ailleurs été adapté au cinéma avec dans le role principal un Robert Redford aussi caustique et cabotin que dans "l'Arnaque"


Donc pari gagné pour les éditions Casterman et Rivages Noir qui ont eu une bien belle idée de s'associer pour faire se rencontrer roman noir et bande dessinée ! D'ailleurs , deux autres adaptations méritent que l'on s'y attardent et je pense que j'en parlerai un jour . Donc rendez-vous pris pour Loustal et Coronado d'aprés Dennis Lehane ( Shutter Island, Mystic river) et pour Matz et Nuits de terreur d'aprés Jim Thomson ( Le démon dans la peau, Les arnaqueurs) , Enfin Le Choucas , héros emblématique de Lax aura certainement sa chronique ici...
A bientôt....

La reine des pommes de Chester Himes



L'histoire se passe dans Harlem, possiblement dans les années cinquante, comme la traduction en français a paru pour la première fois en 1958.
Jackson, la reine des pommes, est employé des pompes funèbres. Petit, gros et noir, il a presque pour femme Imabelle, une superbe demoiselle à la peau couleur de banane. Mais l’entourage de la belle est exclusivement constitué de truands sanguinaires qui ne pensent qu’à s’accaparer de l’argent de Jackson.

Après une tentative de blanchiment d’argent où ils sont tous pris en flagrant délit, les bandits disparaissent avec Imabelle. Seul Jackson se laisse prendre et est finalement remis en liberté.

Recherchée par le duo de policiers Ed Cercueil et Fossoyeur, la bande s’intéresse maintenant à la malle d’Imabelle qui contiendrait des pépites d’or. Jackson, de son côté pense à retrouver son aimée et va chercher de l’aide auprès de Goldy, son frère jumeau. Goldy, qui se déguise en bonne sœur et qui vend des tickets pour le ciel afin de s’acquitter du coût de la drogue qu’il a tant besoin, pigeonne aussi Jackson.
La route qui mène Jackson à la tranquillité et à l’amour d’Imabelle est semée de cadavres et autres malentendus macabres.
Le récit est saupoudré d’humour noir et de dégoûtantes descriptions, mais le bonheur finit par l’emporter car dans le Harlem de Chester Himes il y a effectivement un dieu pour les bons chrétiens… Qu’est-ce que la reine des pommes peut demander de plus ?

C'est un roman policier mais l'intrigue ne constitue pour autant pas l'intérêt essentiel de ce livre. Plus qu'un roman policier, c'est aussi et peut-être surtout un roman social. Chester Himes décrit Harlem dans tous ses coins et recoins, la misère,la saleté, la violence, c'est la vie dans ce qu'elle a de plus pathétique.
On ne s'ennuie jamais dans les descriptions de Chester Himes car le rythme est rapide.
Les descriptions du Harlem des années 50 et de ceux qui y vivent ou plutôt souvent y survivent sont très réussies...
C'est très noir voire sordide mais en même temps, drôle voire loufoque. Et Le sordide et le loufoque font ici un mélange savoureux.

On ne s'ennuie jamais car le rythme est très enlevé et il se passe toujours quelque chose: on se croirait devant un vieux film américain de gangsters mais avec une dimension sociale et un côté comique plus poussés.

Et Les dialogues sont agrémentés de citations fantaisistes des Écritures et font un usage massif de l'argot. On y retrouve l'inévitable "greluche" mais aussi les "bigorne", "frelot", "maflus", "lingue" ou autres "blases". Et Quelques refrains de blues viennent compléter l'ambiance de ce bon polar qui ne ménage cependant pas le lecteur en alternant dialogues pittoresques et scènes plus noires...

La Reine des pommes est le premier roman d'une série qui met en vedette deux inspecteurs noirs, Ed Cercueil Johnson et Fossoyeur Jones,l’un au crâne cabossé, l’autre au visage vitriolé, inspirant respect et crainte aussi bien aux flics blancs qu’aux voyous de Harlem.
Les aventures dans le ghetto de Harlem des deux policiers sans illusions se poursuivent entre humour et désespoir à travers plusieurs autres romans parmi lesquels Couché dans le pain et Imbroglio negro en 1959, Tout pour plaire en 1961...

Ce roman a obtenu le Grand Prix de littérature policière en 1958, je crois et a d'ailleurs été adapté en 1991 par Bill Duke avec Forest Whitaker et Danny Glover, et l'on avait conservé le titre original, Rage in Harlem.
Je vous le recommande chaleureusement, sous le couvert d'un humour irrésistible et d'une histoire policière c'est un roman qui démontre la condition déplorable des noirs américains dans les années 50.


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