L' homme du Lac d' Arnaldur Indridason

En commençant à se vider suite à un tremblement de terre, le lac de Kleifarvatn a découvert un squelette qui reposait jusque là par 4 mètres de fond et lesté par un vieil émetteur de radio d'origine soviétique. La police soupçonne que l'assassinat remonte à l'époque de la guerre froide et imagine que la victime avait pu être impliquée dans une affaire d'espionnage. C'est l'inspecteur Erlendur qui mènera l'enquête. Lui qui s'intéresse aux disparitions non élucidées de la fin des années 60, s'acharnant sur des détails qui paraissent anodins à ses collaborateurs, comme la perte de l'enjoliveur d'une Ford falcon noire en 1968 qu'il cherchera dans toute la campagne Islandaise.

Dans les années 50 des étudiants islandais membres du parti communiste obtiennent des bourses de la RDA pour poursuivre leurs études à l'université de Leipzig. Sur place ils découvrent la réalité du "paradis communiste". Certains se voilent la face ou s'accomodent du décalage entre la théorie et la pratique, d'autres s'imaginent qu'ils peuvent manifester leur opposition. Mieux aurait valu pour eux ne pas quitter leur pays et conserver leurs ilusions. "Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru" dit Erlendur.
On suit ici le récit de Tomas, l'islandais, LLona la Tchèque ou Lothar, l'allemand , tous victimes de leur illusions.


Arnaldur Indridason est un auteur de polars givrés fort bien menés.À l'instar d'un Jo Nesbo pour la Norvège ou d'un Stieg Larsson pour la Suède, Arnaldur Indridason a contribué à rendre plus familier un pays de lacs et de sapins, réputé étrange pour ses fameux geysers imprévisibles et éminemment exotique pour ses tartines de mouton fumé et pour ses volcans qui nous enfume ( Certains d'entre vous n'y auront vu qu'une simple coincidence ...n'est ce pas ?) . Il nous y emmène sur les traces d'un héros récurrent, le commissaire Erlendur, flic laconique et entêté, que l'on retrouve avec plaisir chaque livre passant. Erlendur est une sorte d'inspecteur de la dernière chance, celui qui se passionne pour les affaires non résolues, le seul qui fasse preuve de compassion pour les victimes longtemps après qu'elles ont disparu et l'un des rares policiers qui trouvent légitime l'obstination des familles à vouloir savoir.

Polar psychologique, efficace à sa manière, car Erlendur se retrouve encore une fois à la tête d'une enquête qui n'est pas sans le marquer, l'emmener dans ses souvenirs ou à faire des parallèlles avec sa vie d'hier et d'aujourd'hui.Voilà encore un excellent épisode des enquêtes d'Erlendur qui nous entraîne cette fois jusque dans une salle d'interrogation de la stasi. L'histoire des malheureuses victimes de l'idéologie communiste est passionante et pathétique.

Pour moi c'est aussi les retrouvailles avec tous les personnages récurrents et leur évolution, même si ce qui domine est plutôt de l'ordre de la désespérance, si l'on excepte l'arrivée du fils d'Erlendur et la progression de sa relation avec Valgerdur.
La galerie de personnages que nous offre Arnaldur Indridason et qui gravitent autour du commissaire Sveinsson est juste.
Il y a sa fille, junkie entrée en cure de désintoxication qui a, avec son père, une relation des plus tumultueuses ... le fils du commissaire est aussi un cas dans son genre, venant et disparaissant au fil des pages sans que l'on comprenne bien ce qui cloche chez lui ... il y a Valgerdur, la petite amie de Sveinsson qui ne semble pas avoir l'intention de quitter son mari ...
Et puis il y a les collègues du commissaire ... Elingborg qui prépare un livre de recettes de cuisine ou Sigurdur Oli qui reçoit des coups de fil tardifs d'un homme dépressif et suicidaire.Et Marion Briem, ancienne commissaire,mentor d'Erlendur qui adore regarder les westerns mais qui se meure d'un cancer…


Comme dans "la femme en vert", le récit se découpe en deux parties, l'une au présent, l'une quarante ans auparavant. Une ambiance pesante, des secrets datant de la guerre froide, des âmes torturées, et la découverte d'un squelette sur fond d'histoire est-allemande aux pires heures de la Stasi et de la délation...Indridasson y cultive plus que jamais son rythme envoûtant qui fait de lui un auteur si attractif.

L'intrigue est construite suivant le procédé employé dans chacun des précédents romans, par alternance entre la vie d'Erlendur, de sa famille et de ses coéquipiers et celle du personnage lié au meurtre que l'on vient de mettre à jour.
L'aspect historique et politique du problème est accrochant.Le roman s'écoule grace à une alternance de chapitres entre la lente et laborieuse enquête d'Erlendur et ses acolytes autour du squelette remonté du lac ficelé à un vieux poste radio et ce qui s'est passé à Leipzig en ce temps là, au temps où la Stasi régnait sur les consciences.
Car ce qui intéresse Indridason ce n'est jamais le côté criminel du polar, ce sont «les gens», leurs pensées, leurs rapports aux uns et aux autres, leurs rêves ... et leurs cauchemars aussi.

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