Delirium Tremens de Ken Bruen



Lire c'est aussi voyager facilement et simplement, s'immerger dans d'autres littératures...et d'autres ambiances.
Alors quand Ken Bruen nous guide ,ce n'est pas non plus un voyage de tout repos. Avec Delirium Tremens, c'est l'Irlande notre destination , le pays du whiskey et de la Guinness mais le Galway de Bruen n'est pas vraiment le paradis touristique qu'essayent de nous vendre les voyagistes pronant la beauté irlandaise. Les rues sont sombres, enfumées , dangereuses et à vrai dire le climat malsain qui y regne nous fait plus penser au New York sale et pollué de ses ghetto.

Et si vous pensiez avoir tout lu concernant les détectives à la bouteille facile, c’est que vous n’aviez jamais mis les pieds au Grogan’s ,le plus ancien pub de Galway pour y rencontrer sa population indigène et surtout, Jack Taylor, notre alcoolique consentant, qui y passe le plus clair de son temps au point d'y avoir déménagé son bureau.
"C’est le plus ancien pub de Galway à ne pas avoir changé. […] J’aime ce pub car c’est le seul qui ne m’a jamais interdit l’entrée. Jamais, pas une seule fois. […] Aucune décoration au bar. Deux crosses de hurling (?) sont croisées au-dessus d’un miroir tacheté. Plus haut encore, il y a un triple cadre. On y voit un pape, saint Patrick et John F. Kennedy. JFK est au centre. Les saints irlandais. Autrefois, le pape occupait le poste de centre, mais après le concile du Vatican, il s’est fait virer. Maintenant il s’accroche à l’aile gauche."
L’ Irlande résumée en quelques mots.

Jack est un ex membre de la Garda Síochána, un compromis Irlandais entre milice et police. Après avoir été viré de celle-ci pour alcoolisme patenté, il est devenu une sorte de dètective, le statut de privé n'étant pas reconnu et n'ayant aucune existence légale en Irlande.
Selon ce "qu'on en dit" son petit penchant pour le Brandy au café allongé ( le contraire serait anecdotique) et les pintes de Guinness,était si problématique au sein de la police au point d'en devenir dangereux pour elle même.
Depuis, il passe ses journées au pub en attendant qu'on le réclame pour résoudre quelques petites affaires.Et ce n'est pas forcément un hasard si Bruen emprunte le nom de ce bar à celui fréquenté à New York par Matt Scudder , personnage principal de l'excellente série de Lawrence Block.Il existe de nombreuses similitudes entre les deux détectives : ce ne sont pas officiellement des privés, les deux alcooliques traînent leur carcasses dans un bar miteux, et vivent dans un hôtel résidentiel.
Jack Taylor est un personnage imbibé certes, quelque peu désespéré,mais aussi et surtout un bibliophile passionné et Ken Bruen prend plaisir à jouer avec les mots , les citations et références à d'autres grands auteurs tels que McBain et Pelecanos.
Un hommage, oui, mais peut-être aussi un pied de nez.
Car Jack est plus que l'idéal anti-héros, il est l'anti-tout ; ne trouvant aucun espoir dans cette société et surtout étant persuadé qu'il n' y aura aucune chance de rédemption.
D'ailleurs la majorité des gens qu'il connaît ou rencontre sont des psychotiques ou des tordus, et lui-même n'est pas sans tache.

Eclusant une bière, l'écume au lèvre ,il est un jour approché par une femme qui ne croyant pas au suicide de sa fille Sarah, lui demande d'enquêter. Alors ,Jack fouille, questionne, dérange...enfin entre deux cuites ( il passe le plus clair de son temps inconscient )...Mais ce n'est pas du gout de tout le monde car les choses ne sont pas aussi claires qu'il aurait espéré .Un certain nombre de jeunes femmes se sont suicidés, bizarrement au même endroit...Et un ami finit par être assassiné.
Jack va devoir relevé un énorme défi , celui de rester sobre , du moins le temps de découvrir la vérité et tenter de ne pas devenir la prochaine victime.

Ce polar est complètement atypique , et prend à revers toutes les règles établies,l’intrigue  y est limitée au strict minimum mais surtout parce que Jack, ivre la plupart du temps, n’y à qu’un rôle mineur et que tout se résout finalement sans lui !!!
Mais il faut découvrir la plume aiguisée de Ken Bruen, c'est cela la surprise : une prose vive et acérée, pleine d’humour et de dérision, douce et amère à la fois.
Et une histoire pleine d’humanité et simple ( ne chercher pas un  trame alambiquée ).Mais un récit qui se concentre plus sur les luttes internes de son personnage principal , Souvent dérangeant et drôle à la fois.

Delirium Tremens, est un roman au style vif et à l'écriture rapide, que l’on avale en un rien de temps et que l’on finit quelque peu groggy et irrémédiablement dépendant !

1 commentaires:

Polar, noir et blanc 11 mai 2010 à 22:38  

Comme j'adore ce personnage ... je le mets dans le haut de ma liste d'achats.
Merci pour cette excellente critique !!!

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