Dark Tiger de William G. Tapply




Voila un ouvrage qui vous donnera peut être envie de tout lâcher , attraper votre tente et canne à pêche et foncer taquiner la truite au beau milieu du Maine et suivre Stoney, votre irrésistible guide à travers cette nature somptueuse mais sauvage comme seul William G Tapply sait la décrire.

Il y a de cela sept ans, Stoney Calhoun s'est réveillé dans un hôpital pour vétérans, amnésique mais doté de talents inexpliqués ( capacité pour les langues, maniabilité et expertise des armes, combat au corps à corps , etc...)
Depuis, il vit tranquillement, en travaillant comme guide de pêche à temps partiel et est co-propriétaire d'un magasin d'appâts locaux avec la belle Kate Balaban, attendant de l' éventuel touriste qu'il se perde devant leur boutique.

Un énigmatique homme au costume sombre, vient régulièrement le trouver pour s'assurer qu'il n'a pas retrouvé la mémoire. Mais cette fois ci, lorsque le forçant à un énième et ultime retranchement , il tente de mettre en danger sa nouvelle existence - existence qu'il a difficilement et fragilement battit - Calhoun se voit contraint d'enquêter sur le meurtre d'un agent gouvernemental retrouvé mort au nord de l'État du Maine.
Il doit alors prendre la place d'un guide de pêche à Loon Lake Lodge, un luxueux hôtel situé en plein coeur des espaces sauvages de cet état aux paysages somptueux et bruts du Nord-Est des États-Unis.
Avec ce troisième et  ultime volet des aventures de Stoney Calhoun ,après Dérive sanglante et Casco Bay, nous retrouvons une nouvelle fois ce bourru solitaire mais sympathique dans son enquête la plus dangereuse.

Le thème central du livre est plus qu'une enquête policière déclenchée par un double meurtre mystérieux, car comme souvent, l'enquête fournit le prétexte à une quête, ou plusieurs quêtes : la quête du personnage central frappé d'amnésie à la suite d'un accident (mais était-ce vraiment un accident ?) et qui n'a plus de passé, la difficile quête du bonheur pour ce personnage et la femme qu'il aime, la quête d'un mode de vie proche de la nature sauvage dans le nord-est américain.

Chez Tapply, la nature devient reine, dans toute sa plénitude, sa sérénité. Et ses dangers. A travers flots et dans la brume, l’intrigue, superbement menée, s’avère infaillible et aucun indice ne vient endiguer le rythme endiablé de l’enquête.
Tapply fait d'ailleurs partie d'une famille d'écrivains - les Jim Harrison ou Craig Johnson ( déjà cité plus haut dans le blog ) - pour qui le «nature writing» est une évidence, une façon d'être, tout imprégnés qu'ils sont de la culture populaire américaine, celle qui magnifie l'immensité, les terres infinies et intactes ou presque, et qui s'interroge sans cesse sur la relation de l'homme à l'environnement

Révélé sur le tard en France, avec "Dérive sanglante", "Casco Bay" ou "Dark Tiger" chez Gallmeister, William G. Tapply qui fait se côtoyer crimes horribles, découvertes macabres et paysages idylliques du Maine où se pratique avec passion la pêche à la mouche , est l' auteur d' une bonne vingtaine de romans policiers, tous en pleine nature, et collaborait à des magazines de pêche. Il est malheureusement décédé en 2009 et Dark Tiger est son dernier ouvrage.

Les éditions Gallmeister vous proposent d'ailleurs sur leur site un extrait des premières pages de cet ouvrage dont voici une copie ...Dépaysant ...




William G. Tapply
DARK TIGER


1



Stonewall Jackson Calhoun balayait le plancher autour du
présentoir des waders et des cuissardes lorsque la sonnette tinta
au-dessus de la porte, signalant que quelqu’un venait d’entrer dans la
boutique – Chez Kate, Appâts & articles de pêche. Calhoun jeta un
coup d’oeil à l’horloge murale. Il était presque deux heures, en ce mardi
après-midi gris et bruineux de la mi-mai.
Calhoun regarda en direction de l’entrée où il s’attendait à voir
Kate en train de secouer sa chevelure pour en faire tomber les gouttes
de pluie. Elle lui avait dit qu’elle serait de retour au plus tard vers midi
de son entretien mensuel avec les gens de l’établissement de soins
spécialisés de Scarborough dans lequel Walter, son mari, vivait – ou
plutôt mourait – depuis quelque temps.

Mais c’était Noah Moulton, et non Kate Balaban, qui se tenait dans
l’embrasure de la porte. Noah était un véritable jardin fleuri à lui tout
seul, avec sa casquette bleue des Portland Sea Dogs, son pantalon
de velours côtelé bordeaux, sa chemise de coton verte, ses bottes de
caoutchouc noires et son ciré jaune. Il faisait semblant d’examiner le
casier des cannes à mouche contre le mur près du comptoir.
Calhoun continua de balayer le plancher de pin tout abîmé. Il
savait que Noah Moulton désapprouvait ce qu’il appelait les “sports
san guinaires” – la pêche et la chasse, sans parler de la trappe – et il
n’était probablement pas venu au magasin pour acheter quelque
chose. Comme par ailleurs Noah n’entretenait que de très vagues
relations avec Kate Balaban et Stoney Calhoun, tous deux coproprié -
taires de la boutique, il ne s’agissait certainement pas d’une simple
visite amicale.

Par conséquent, à moins qu’il ne fût entré pour s’abriter de la pluie,
il ne restait qu’une seule possibilité : il était venu parler affaires. Noah
était l’agent immobilier qui s’était occupé de la location de cet endroit
où Kate et Calhoun avaient installé leur magasin. Leur bail arrivait à
expiration fin juillet. Calhoun se dit que leur propriétaire, un type
d’Augusta nommé Eldon Camby qui avait fait fortune en bâtissant
tout un empire de Burger King, avait l’intention de faire grimper leur
loyer une fois de plus et que Noah, qui touchait une commission au
passage, avait été chargé de leur annoncer la nouvelle.

— J’suis à vous dans un instant, Noah, dit Calhoun. Je finis juste
ça. Vous devriez jeter un coup d’oeil à ces nouvelles cannes Loomis. La
neuf pieds pour soie de six est particulièrement agréable.

Sans même se retourner, Noah agita la main.

— Prenez votre temps, Stoney.

Calhoun ramassa le tas de poussière, de boue séchée, de plumes de
coq, de poils de chien et de morceaux de fil métallique avec sa pelle et
le jeta dans la poubelle. Il posa le balai dans un coin et revint à l’entrée
du magasin où Noah Moulton, les mains derrière le dos, regardait par
la vitrine en direction du parking.

— Fait plutôt moche, hein ? dit Calhoun.

— Avant, le mois de mai était mon mois préféré, dit Noah,
toujours sans se retourner. Les fleurs, le soleil, les petits oiseaux. C’était
le bon vieux temps. Maintenant, je ne sais pas, le changement cli ma -
tique, le réchauffement de la planète, tout ça, on peut avoir des orages
ou des tempêtes de Nord-Est en mai. De la neige, de la neige fondue,
de la grêle. On peut jamais savoir. Vous vous souvenez, il y a quelques
années, cette tempête de neige le jour de la fête des mères, y en avait
une couche de trente centimètres sur les pieds de tomates que les gens
avaient déjà plantés.
Calhoun hochait la tête, mais en vérité, son bon vieux temps à lui
ne remontait pas plus loin que le jour où la foudre lui avait effacé la
mémoire. Cela faisait maintenant sept ans.

— Alors comme ça, vous balayez le sol vous-même, hein ? dit
Noah.

— C’est pas bien fatigant, et on dirait que je me débrouille pas
mal, répondit Calhoun en haussant les épaules.
Il exagérait son accent du Sud-Est du Maine, ce qui semblait
toujours agacer les gens du coin tels que Noah Moulton. Ils s’ima gi -
naient sans doute que Calhoun se payait leur tête. En fait, parler comme
un natif du Maine lui venait naturellement, même s’il avait grandi en
Caroline du Sud, à ce qu’on lui avait dit. Mais agacer un individu comme
Noah Moulton n’était pas fait pour lui déplaire non plus.

— J’espérais vous trouver tous les deux, Kate et vous, dit Noah.
Il continuait à regarder par la vitrine, et si l’accent de Calhoun
l’avait agacé, il n’en laissait rien paraître. Le parking du magasin était
vide, mis à part le vieux pick-up Ford tout cabossé de Calhoun, ainsi
qu’une berline quatre portes couleur étain, apparemment neuve et qui
devait appartenir à Noah. Elle avait l’air solide et raisonnable – le genre
de voiture qui correspond bien à un agent immobilier.

— Une tasse de café, ça vous dirait ? demanda Calhoun.
Noah se retourna vers lui.

— Je ne dis pas non. Noir, sans sucre, ça sera parfait.

— La cafetière est dans l’arrière-boutique. Venez, on va s’asseoir et
on pourra discuter. À moins que vous ne soyez intéressé par une canne
à mouche ?

— J’ai toutes les cannes qu’il me faut, répondit Noah.

Ce qui signifiait aucune, se dit Calhoun.
Il le précéda dans la petite pièce à l’arrière, où Kate et lui avaient
chacun leur bureau et où Ralph, l’épagneul breton de Calhoun, avait
son bol et son lit. Sur le bureau de Kate, il y avait un ordinateur, une
imprimante, un téléphone et un fax. À part cela, Kate n’y laissait jamais
rien traîner.
En plus de son propre ordinateur, qu’il n’utilisait presque jamais, et
d’un téléphone, le bureau de Calhoun était couvert de magazines,
de catalogues, de boîtes en plastique remplies de mouches, de scions
de cannes, de moulinets cassés, de morceaux de soies, de plumes de coq
et de poils de chevreuil teints.

Quand Calhoun et Noah Moulton entrèrent dans le bureau, Ralph
leva la tête, regarda les deux hommes, bâilla et poussa un soupir. Puis
il replaça son museau sous son moignon de queue et se rendormit.
Calhoun versa deux grandes tasses à la fontaine à café en inox dans
le coin et les posa sur son bureau. Il indiqua à Noah un fauteuil en bois
puis s’assit sur sa chaise à roulettes.

Noah se débarrassa de son ciré jaune en secouant les épaules. Il le
plia deux fois, puis tira le fauteuil jusqu’au bord du bureau de Calhoun
et s’y assit. Après avoir posé son ciré plié sur ses cuisses et sa casquette
de base-ball sur son genou, il se passa les doigts dans son épaisse
chevelure blanche. Il ouvrit la bouche comme s’il allait dire quelque
chose d’important. Puis il la referma. Il tendit le bras pour prendre sa
tasse de café, la porta à ses lèvres dans ses deux mains et en but une
gorgée. Il l’avala, puis reposa la tasse sur le bureau, il jeta un coup d’oeil
à sa montre, s’éclaircit la voix et leva les yeux vers Calhoun. Il sourit et
haussa les épaules.

Noah Moulton avait un torse étroit et des hanches larges. Bâti
comme une ampoule électrique.

— Bon, alors, qui est mort ? demanda Calhoun.

Noah secoua vivement la tête.

— Pour autant que je sache, dit-il, personne que nous connaissons
n’est mort récemment. Mais j’ai une mauvaise nouvelle, Stoney. J’ai
l’impression que je devrais attendre que Kate soit là pour vous en parler
à tous les deux. Mais j’ai un rendez-vous dans vingt minutes.

— On dirait que ça a un rapport avec ce local commercial, dit
Calhoun.

Noah Moulton acquiesça.

— Oui, monsieur. C’est cela. Je crois bien que M. Camby, qui est
le propriétaire de cet endroit, comme vous le savez, a eu une
proposition de quelqu’un qui veut l’acheter.

— Donc vous êtes venu ici pour voir si Kate et moi sommes prêts
à faire une offre ? Pour nous donner la priorité ? C’est ça ?

— Même pas, répondit Noah. L’affaire est déjà faite, on dirait,
Stoney. Vous devez être partis d’ici avec tout votre stock à la fin du bail.
Calhoun secoua la tête.

— Vous n’êtes pas sérieux ?

Noah opina.

— J’ai bien peur que si.

Calhoun secoua de nouveau la tête.

— Ça n’est pas bien. On est ici depuis… bon sang, Kate a
commencé à louer cet endroit il y a dix ans. Vous ne pouvez pas tout
simplement… (Il agita sa main en l’air.) Ça n’est pas bien, c’est tout.

Noah reprit :

— C’est écrit noir sur blanc dans votre bail. M. Camby est tenu de
vous donner un préavis de deux mois. Votre bail vient à échéance fin
juillet, on est juste à la mi-mai, voilà.

— Tout de même, ça n’est pas bien. (Calhoun lança un regard dur
en direction de Noah.) Et d’abord, vous êtes de quel côté, dites-moi ?

— Parfois je me retrouve des deux côtés, dit Noah.

— J’imagine que ça peut devenir sacrément embarrassant pour
vous, répliqua Calhoun.
Noah leva les yeux et eut un bref sourire, signifiant ainsi que le
sarcasme ne lui avait pas échappé. Il prit sa tasse de café et la reposa.

— Ne tirez pas sur le messager, Stoney. (Il se vissa sa casquette de
base-ball sur la tête, puis il se leva et enfila son ciré d’un mouvement
d’épaules.) Vous le direz à Kate, alors ?

— Et si on avait une petite conversation avec M. Camby ? dit
Calhoun.

— M. Camby n’apprécierait pas de se faire menacer, si c’est à ça
que vous pensez, répondit Noah.

— Je pensais que nous pourrions faire appel à sa bonté naturelle.
Kate et moi, on pourrait avoir envie d’acheter ce local nous-mêmes,
puisqu’il est à vendre.

— Vous pouvez toujours essayer, dit Noah. En admettant que
cette bonté naturelle à laquelle vous voulez faire appel existe vraiment
chez M. Camby. Vous pourriez aussi lui faire une offre par mon
entremise, si vous voulez, parce que c’est plus ou moins mon boulot
et que je ne le fais pas trop mal. Mais je suis sûr que monsieur Camby
ne sera pas plus réceptif à une offre qu’il ne le serait à des menaces.
(Noah secoua la tête d’un air attristé.) Il a déjà trouvé un accord et il
a signé les papiers pour conclure cette affaire. (Il tendit la main et la
posa sur l’épaule de Calhoun.) Je suis fichtrement désolé, Stoney. Si
vous voulez, je peux vous chercher un autre endroit. Qui sait ? Ça
pourrait être une bonne chose. Je pourrais vous trouver une boutique
plus grande, mieux située, avec un propriétaire plus agréable ?

Calhoun le regarda un instant, puis il se leva et se dirigea vers
l’entrée du magasin, ne laissant à Noah d’autre choix que de le suivre.
Lorsqu’ils furent à la porte, Calhoun se retourna et tendit la main.

Après une hésitation, Noah la serra.

— Alors, vous voulez que je commence à voir si je peux vous
trouver quelque chose ?

— Je peux pas vous empêcher de regarder, dit Calhoun, mais il
faut que j’en parle avec Kate, voir ce qu’elle veut faire et avec qui,
compte tenu de la situation.

— Ce n’est pas ma faute, Stoney, dit Noah en secouant la tête.
Calhoun lui tapota l’épaule.



— Ne vous en faites pas. Ça va s’arranger. Merci d’être passé.

Il saisit la poignée et ouvrit la porte.

Après le départ de Noah Moulton, Calhoun siffla Ralph et tous
deux sortirent sur la véranda devant la boutique. Calhoun resta à l’abri
sous le toit – une pluie battante et incessante s’était mise à tomber dans
la matinée, mais dans l’après-midi elle s’était transformée en une
bruine légère et brumeuse, suffisamment humide et froide, cependant,
pour être toujours désagréable. Il n’arrêtait pas de regarder dans la rue,
à droite et à gauche, se demandant où diable Kate pouvait bien être.
Ralph s’éloigna jusqu’au parking situé sur le côté. Il gratifia tous les
arbustes d’un reniflement tranquille et d’une brève giclée, puis il décida
qu’il n’y avait là ni perdrix ni caille, alors il reprit la direction de la
véranda en trottinant et donna un coup de museau sur la porte.
Ils entrèrent. Calhoun retourna dans son bureau pour vérifier que
Kate n’avait pas appelé pendant qu’il était dehors, mais il n’y avait
aucun message.
Il n’était pas vraiment impatient de lui annoncer que
leur bail était résilié par M. Burger King, mais il s’inquiétait un peu de
voir qu’elle n’était toujours pas rentrée de son rendez-vous au centre de
soins de Walter. Cela ne lui ressemblait pas de ne pas appeler s’il se
passait quelque chose.

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