l'âme du chasseur de Deon Meyer

Véritable force de la nature, « P'tit »Thobela Mpayipheli s'est refait une vie honorable après sa mise au chômage par les services secrets sud-africains, et  a presque gommé son passé de tueur, de militant de l'ANC, d'espion.

Le temps de l'apartheid est révolu et il a désormais une famille, un métier, un avenir.
Jusqu'au jour où un la fille d'un vieux camarade de lutte réclame son aide. Son père a été enlevé et ses ravisseurs menacent de le tuer si elle ne leur livre pas la rançon bien particulière qu'ils exigent ( le convoyage de renseignements explosifs!!!)

Que faire ? Renouer avec un passé de meurtres et de corruption qu'il a eu du mal à mettre derrière lui pour sauver son ami ou le laisser tomber pour protéger sa nouvelle existence ?
Thobela n'a qu'une parole, et enfourche une BMW GS et traversera à moto donc une bonne partie de l'Afrique du Sud pour porter cette rançon.
Mais P'tit (c'est l'ancien nom de guerre du héros) n'aime pas qu'on le chatouille quand il veut rendre service et il va vite retrouver ses anciens réflexes d' ancien tueur à la solde du plus offrant.

Au-delà d'une trame policière implacable, L'âme du chasseur apporte un éclairage passionnant sur un pays qui n'a pas fini de soigner ses plaies.
Chez Deon Meyer, les hommes parcourent le désert sur des motos high-tech mais continuent de se battre avec une sagaie. Il n'est pas question de héros au cœur pur mais d'êtres humains qui se déchirent dans un pays marqué par la haine raciale, les guerres.

 Dans ce roman - son troisième -, Deon Meyer montre un savoir-faire et une écriture vibrante, et va au-delà du thriller, rejoignant ainsi les vraies racines du polar: parler de la société à travers des fictions et des personnages puissants.
C'est écrit à l'américaine, vite fait bien fait, comme un scénario pour Hollywood. Un road-movie filmé comme une course-poursuite.

Tout l'intérêt de ce bouquin (et il est grand) vient du contexte dans lequel se déroule l'intrigue : l'Afrique du Sud d'après Mandela, l'Afrique du Sud d'aujourd'hui, celle d'après le 11 septembre 2001.
Les services de renseignement du nouveau régime (un nouveau régime qui peine encore à se mettre en place) livrent bataille alors que les plaies de la guerre civile sont encore bien loin d'être refermées.
Et l'on devine derrière tout ça que d'autres (CIA, extrêmistes islamistes, ...) éprouvent un malin plaisir à souffler sur les braises.

L'intrigue, vraiment très bien menée, est originale, avec de nombreux retournements de situation.
On découvre tout un monde : celui d'une Afrique du Sud plutôt méconnue, les accointances entre les services secrets d'ici ou d'ailleurs, les luttes raciales d'hier (Boers, Anglais et Xhosas) auxquelles répondent les intrigues intestines d'aujourd'hui.
Et ça, c'est passionnant.
On apprend beaucoup de choses sur l'apartheid, l'Afrique du Sud, le rôle de l'URSS et des USA dans la guerre qui a déchiré le pays.
L'auteur intègre des pans de l'Histoire sud- africaine, sous différentes formes, de manière à ce que ce ne soit jamais indigeste.

De plus on s'attache facilement  au personnage de Thobela, sa complexité, son évolution tout au long du livre,ses doutes et ses hésitations.
Toutes ces choses qui le rendent tellement humain. Pareil à chacun d'entre nous. Il est à la fois en quête de rédemption, mais aussi de lui-même.Il est insaisissable. Mouvant. À la fois beauté et haine. Force et fragilité. Comme les paysages qu'il traverse. Paysages magnifiquement rendus par l'auteur, dans un style flamboyant, rythmé, unique.
Ce n'est qu'à la fin qu'il entrapercevra ce qu'il est... Et ce qu'il veut devenir. Un pur régal.

Né à Pearl, Afrique du Sud, en 1958, Deon Meyer est aussi l' auteur de "Lemmer l'invisible", "Jusqu’au dernier", "Les Soldats de l’aube", et "Le Pic du diable", tous best sellers.

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