"Dans la Brume électrique " de Bertrand Tavernier d'aprés James Lee Burke

C'était un vrai pari que d'adapter au cinéma un roman de James Lee Burke, styliste du polar comparé pour son lyrisme aux grands de la littérature américaine et dont l'aura rayonne bien au-delà des frontières du genre. Ce défi, le Français Bertrand Tavernier l'a relevé pour sa première production américaine ( exercice difficile), en s'attaquant à l'un de ses livres les plus forts et les plus complexes, "Dans la brume électrique ".

L'intrigue fait resurgir un crime raciste d'un passé très récent, et se développe en spirale autour des traumatismes du flic Dave Robicheaux, rongé par l'alcool (...décidemment) et les remords, doué comme pas deux pour aimanter le Mal.

Dans la brume électrique est un roman policier américain, qui fait découvrir au lecteur ce personnage dense et profond, pétri d’humanité qu'est Robicheaux, mais aussi un coin des États-Unis chargé d’Histoire.
Région délimitée par trois points : New Iberia, Bâton Rouge, Lafayette et une société à deux couleurs, les Noirs, les Blancs, qui porte en elle les stigmates d’un passé violent entre esclavage et Guerre de Sécession.

L’intrigue policière est double . Au présent, avec la recherche d’un tueur psychopathe et sadique tendance charcutier d’épouvante, et au passé, trente-cinq ans auparavant, alors qu’il était encore étudiant, Dave Robicheaux a été témoin d’un crime : deux Blancs ont abattu un Noir dans les bayous. Le tout sur fond de tournage d’un film d’époque consacré à la Guerre de Sécession, en partie financé par Baby Feet Balboni ( John Goodman), mafioso du cru parti à La Nouvelle–Orléans, revenu pour le film et que Robicheaux connaît depuis l’enfance.

De retour chez lui après une investigation sur la scène d’un nouveau crime infâme, Dave fait la rencontre d’Elrod Sykes, l'acteur principal. Elrod raconte à Dave qu’il a vu, gisant dans un marais, le corps décomposé d’un homme noir enchaîné. Cette découverte fait rapidement resurgir des souvenirs du passé de Dave. Mais à mesure que Dave se rapproche du meurtrier, le meurtrier se rapproche de la famille de Dave...

Première impression forte : dans le rôle de Dave Robicheaux, Tommy Lee Jones apparaît comme une évidence,tant il exprime le malaise insondable du personnage.
L'acteur sait magistralement interprété les personnages qui s'interrogent ,tourmenté et torturé ( a voir impérativement ce fabuleux drame qu'est " Dans la vallée d'Elah ").Il n'a pas d'ailleurs a joué beaucoup tant sont visage , marqué, Est et Restera Robicheaux.

Les scènes où affleure ce mal-être sont aussi choc que celles où éclate sa violence contenue. Désormais, quand je lirai une enquête de Robicheaux, je ne pourrai m'empêcher de voir le visage et la silhouette de Tommy Lee Jones.

Deuxième réussite, et pas la plus accessible: le réalisateur a parfaitement restitué l'atmosphère poisseuse, le parfum de malédiction, l'horizon désespérement bouché de la Louisiane de Burke. La chaleur , l'humidité et une présence entêtante de paysages hybrides, entre ciel et terre, aux frontières brouillées par l’eau : océan, bayous, pluies.Une nature magnifique mais violente et dangereuse, comme les hommes.

D'autant qu'il a situé l'histoire de nos jours, en y intégrant les effets de l'ouragan Katrina.
Tavernier a sublimé le roman ,évoquant aussi les "femmes" de Robicheaux, sa compagne et sa fille, ou intégrant de vrais surprises, comme le personnage du vieux musicien noir Hogman Patin (interprêté par la star du blues Buddy Guy...choix trés judicieux).

 Le film se révèle très convaincant...et amenera j'en suis sur de nouveaux lecteurs à James Lee Burke

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